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Canadian Public Health Association

L’héroïne, une drogue de prédilection?

L’héroïne

Les décès récents des acteurs Philip Seymour Hoffman et Cory Monteith ont attiré l’attention des médias sur le problème de la drogue en Amérique du Nord. Dans les deux cas, la drogue de prédilection semblait être un cocktail d’héroïne injectée par voie intraveineuse et d’autres substances psychotropes.

L’héroïne était autrefois légalement prescrite comme antitussif, mais elle est s’est fait connaître comme la drogue de prédilection des vedettes du rock et des célébrités dans les années 1970. Depuis, son utilisation a diminué, mais elle vit un regain de popularité en raison de son prix et de sa disponibilité. Aux États-Unis, 10 mg d’héroïne coûtent environ 1 $1. En outre, sa pureté a augmenté de 2-3 % à 7-8 % par sachet (100 mg). Cette augmentation permet de l’ingérer par d’autres voies, comme en l’inhalant ou en la fumant (au lieu de la prendre par injection intraveineuse), ce qui la rend plus attrayante pour les débutants1. Les utilisateurs d’autres opioïdes peuvent aussi passer à l’héroïne, car les fournisseurs de drogue la mélangent avec d’autres opioïdes pour rehausser la puissance ou la durée du high2.

La situation canadienne est un peu différente. Dans certaines localités, surtout sur la côte Ouest, l’héroïne devient la drogue de prédilection, car elle est moins chère et plus facile à se procurer que les options de rechange (les opioïdes d’ordonnance comme la morphine, le Vicodin, l’OxyContin et le fentanyl). Ce phénomène est principalement imputé à la hausse de la production d’opium en Afghanistan (la source principale du Canada), qui a beaucoup fait baisser le prix de l’héroïne. Son prix dans la rue est d’environ 2 $ pour 10 mg3, contre 10 $ pour 10 mg d’OxyContin4. L’utilisation d’opioïdes d’ordonnance reste cependant tout aussi courante, tant sur le marché illégal que comme élément de la crise de la consommation des médicaments d’ordonnance.

L’usage croissant de mélanges d’héroïne et d’autres substances est un autre aspect de l’histoire. Souvent, les substances ajoutées peuvent être toxiques, ou ce sont des médicaments opioïdes plus puissants, comme le fentanyl. Dans les deux cas, des surdoses sont possibles. L’usage illégal du fentanyl, par exemple, présente des dangers, car les utilisateurs détachent le médicament du timbre en le grattant, puis se l’injectent, ce qui donne des doses inconnues et potentiellement dangereuses. Comme toujours, il y a les dangers connus associés aux pratiques d’injection à risque, dont la propagation du VIH et de l’hépatite C.

Le nouveau visage de la consommation d’héroïne en Amérique du Nord complique aussi le scénario, car elle devient une drogue de prédilection de la classe moyenne et des banlieues. Ce segment démographique existe au Canada, et nous sommes aussi les deuxièmes consommateurs au monde d’opioïdes d’ordonnance par habitant, le plus grand nombre d’utilisateurs se trouvant parmi les femmes, les jeunes et les communautés des Premières nations5.

La question est la suivante : pourquoi l’usage illégal des opioïdes est-il si courant? Les opioïdes créent une forte dépendance, et la tolérance peut s’installer très rapidement. Le sevrage est difficile, ce qui peut empêcher les utilisateurs d’arrêter une fois qu’ils en sont dépendants. On sait que les patients qui prennent des opioïdes à des fins médicales peuvent en demander des doses de plus en plus fortes à leurs médecins et, si on leur refuse, se tourner vers des sources illégales pour en obtenir. Le gouvernement de l’Ontario a tenté de s’attaquer au problème en retirant l’OxyContin, le médicament d’ordonnance dont l’abus est le plus fréquent, de son programme de médicaments. De plus, on a tenté de modifier la formule de l’OxyContin afin de dissuader les gens de l’écraser et de l’ingérer pour en ressentir l’effet plus vite6. Ces deux tentatives, ainsi que le resserrement des règlements sur les médicaments d’ordonnance, ont toutefois poussé des gens à se procurer ce médicament ou ses options de rechange par des moyens illégaux.

La difficulté, c’est que ces réactions de cause à effet, combinées à un cadre juridique axé sur l’interdiction et la criminalisation, n’aborde pas les causes sous-jacentes de l’utilisation des drogues illicites. Les gens utilisent ces drogues pour toutes sortes de raisons, dont une gamme de facteurs sociaux et psychologiques, et commencent généralement à les utiliser pour obtenir des avantages réels ou perçus. Cette utilisation est assistée par des interactions complexes entre l’offre, la demande, la disponibilité, l’accessibilité, le contexte, les normes du groupe et le cadre juridique. Beaucoup de ces vecteurs sont hors du cadre des systèmes de protection de la population et de soins de santé, mais relèvent du domaine de la santé publique.

L’ACSP reconnaît que la consommation de drogue est une question complexe à laquelle il n’y a pas de réponses simples. On a aussi besoin d’un éventail d’interventions (programmes d’abstinence, installations de consommation supervisée et programmes de traitement) pour répondre aux besoins d’un continuum d’utilisateurs. L’Association appuie donc l’élaboration et la mise en œuvre de démarches de santé publique pour gérer l’utilisation des drogues illicites au Canada.

Il s’agit d’un important dossier pour l’ACSP; c’est pourquoi l’Association travaille sur un nouvel énoncé de politique sur les substances psychotropes illicites, qui sera publié dans le courant de l’année.


  1. Gray E. Heroin gains popularity as cheap doses flood the US. Time 4 février 2014. Sur Internet : nation.time.com/2014/02/04/heroin-gains-popularity-as-cheap-doses-flood-the-u-s/.
  2. Bump P. Fentanyl laced heroin probably didn’t kill Philip Seymour Hoffman. The Wire 3 février 2014. Sur Internet : www.thewire.com/politics/2014/02/fentanyl-laced-heroin-probably-didnt-kill-philip-seymour-hoffman/357678/.
  3. Drug Situation in Vancouver, 2e ed. Vancouver (Colombie-Britannique) : Urban Health Research Initiative of the British Columbia Centre for Excellence in HIV/AIDS, 2013.
  4. Hennessy A. Oxycontin in Ontario: Wildly addictive and barely regulated. Vice 18 avril 2013. Sur Internet : www.vice.com/en_ca/read/oxycontin-in-ontario-wildly-addictive-and-barely-regulated.
  5. National Advisory Committee on Prescription Drug Misuse. First do no harm: Responding to Canada’s prescription drug crisis. Ottawa (Ontario) : Canadian Centre on Substance Abuse, 2013.
  6. Ogilvie M. OxyContin replaced by explosion of small-town heroin use. Toronto Star 17 août 2012. Sur Internet : www.thestar.com/news/canada/2012/08/17/oxycontin_replaced_by_explosion_of_smalltown_heroin_use.html.

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