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Canadian Public Health Association

Un marché alimentaire mobile propose des choix sains dans les « déserts alimentaires » de la ville

camion : FoodShare

Ils font partie du paysage familier de nos jours : des camions chargés de divers aliments cuits écoulent leurs marchandises dans toute la ville de Toronto. Mais l'un de ces véhicules est complètement différent. Au lieu de proposer le menu habituel, le camion de l'organisme torontois FoodShare est un véritable marché de producteurs rempli de fruits et légumes frais à prix abordable.

Une tendance inquiétante

Barbara Emanuel Écoute
Écoutez en anglais (MP3 : 10:28)

Le Marché alimentaire mobile est une initiative qui s'inscrit dans la stratégie alimentaire de Santé publique Toronto (SPT). En 2010, le service a commencé à tracer des « cartes des ressources alimentaires ». Ces documents visuels indiquent l'emplacement des épiceries, des marchés de producteurs, des banques alimentaires, des parcs et jardins communautaires, des restaurants et des dépanneurs.

On a décelé une tendance inquiétante. L'équipe a observé des liens entre la malnutrition, l'obésité et les maladies chroniques dans les quartiers les plus pauvres de la ville et l'éloignement de ces quartiers des épiceries et autres endroits où acheter des aliments nutritifs. « Nous avons d'abord cartographié les secteurs de la ville où les gens devaient parcourir plus de 1,5 km jusqu'au supermarché le plus proche, et nous y avons superposé des cartes des revenus et de l'accès aux transports en commun » explique Barbara Emanuel, directrice de la Stratégie alimentaire de Toronto. « Comme de fait, de nombreux secteurs ayant des populations à faible revenu avaient l'accès le plus limité aux transports en commun et aux supermarchés. »

Une solution novatrice

Pour favoriser l'accès à de bons aliments, SPT a décidé d'envisager une solution mobile dans les secteurs où l'accès est limité. En collaboration avec Centraide Toronto, FoodShare Toronto et l'Université de Toronto, l'équipe de la Stratégie alimentaire a mis au point l'idée pratique de créer un magasin mobile de produits frais installé dans un camion de FoodShare. À court terme, l'objectif était d'améliorer la nutrition, et à long terme, de réduire l'obésité et les maladies chroniques et d'améliorer le tissu social dans les secteurs de la ville où les populations sont les plus démunies.

Une popote roulante nouveau genre!

Le véhicule actuel de FoodShare est un autobus Wheel-Trans donné par la commission torontoise des transports (TTC). Avec l'aide d'un cabinet d'architectes, SPT l'a révisé, en a décoré l'extérieur, ôté les sièges, installé des présentoirs fixes et créé un magasin mobile.

Des équipes de bénévoles dévoués, les « leaders communautaires en alimentation », consacrent leur temps et leur énergie à faire de l'animation communautaire, à aménager l'autobus et à en assurer le fonctionnement. Les résidents peuvent bavarder en attendant leur tour d'examiner l'assortiment de fruits et légumes. Ils sont souvent heureux d'y trouver des aliments ethniques de haute qualité -- le genre de produits auxquels ils sont habitués et qu'ils peuvent cuisiner facilement.

Même les très bons programmes ont leurs pépins

Le programme a eu beaucoup d'obstacles à surmonter. Le règlement de la ville est très restrictif pour ce qui est du stationnement et des permis des camions de transport d'aliments. Il y a peu d'endroits où ils sont autorisés. Les permis octroyés aux marchands d'aliments sont chers et incessibles, ce qui resserre un peu plus les contraintes. On a donc créé un projet-pilote pour évaluer la faisabilité de l'initiative et aborder les obstacles éventuels. Un grand nombre de règles ont été suspendues pour ce projet-pilote, mais elles pourraient être appliquées de nouveau passé le stade des essais, lorsque le projet sera mis en oeuvre à long terme. Enfin, l'autobus de la TTC est une excellente ressource pour le programme, mais il est trop petit pour accueillir beaucoup d'acheteurs les mois d'hiver.

L'abordabilité pose encore un problème. L'équipe de projet s'est débrouillée pour obtenir des aliments à un coût raisonnable, mais leur prix est encore inabordable pour certains des résidents les plus pauvres. « Nous n'avons pas encore résolu le problème de l'abordabilité, dit Mme Emanuel. Les prix sont bons, mais quand on n'a pas d'argent... peu importe combien ça coûte, on ne peut pas se le payer. » De plus, le projet pourrait ne pas être économiquement viable, car l'équipe peine encore à obtenir un financement à long terme. Les prix des aliments qu'elle vend sont trop bas pour financer entièrement l'initiative.

Que réserve l'avenir?

Mme Emanuel entrevoit tout de même l'avenir avec optimisme. « Quand nous réunissons les leaders communautaires en alimentation et que nous les écoutons partager leur passion, leur énergie et leur enthousiasme pour ce projet, tout est vraiment merveilleux. Néanmoins, nous n'avons pas encore trouvé un modèle de fonctionnement durable, car nous servons les populations de la ville dont les revenus sont les plus faibles. Mais l'enthousiasme de voir des gens qui sortent de leur appartement pour fréquenter le magasin le plus diversifié de Toronto... et qui y trouvent des fruits et légumes familiers... », tout cela en vaut la peine.

Ressource

Camion d'aliments À l'intérieur du camion Aliments Aliments

Crédits des images : Laura Berman