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Canadian Public Health Association

Mener le juste combat : Grève générale à Winnipeg en 1919

Tramway renversé
Tramway renversé durant la grève de Winnipeg, le 21 juin 1919
Crédit : Bibliothèque et Archives Canada /C-034024

La grève générale à Winnipeg en 1919 compte parmi les grèves les plus déterminantes dans l'histoire du Canada, et elle a jeté les bases de réformes futures en milieu de travail. Un chômage massif, une inflation forte, des salaires et des conditions de travail exécrables ainsi que le succès rencontré par la révolution russe sont tous des éléments qui ont contribué à une agitation sociale à l'époque. Les dirigeants syndicaux de l'Ouest du Canada se sont réunis pour constituer One Big Union, un seul grand syndicat.

Les négociations se sont rompues entre la direction et les employés dans les métiers du bâtiment et de la métallurgie en mai de cette même année et une grève générale a été déclenchée. Parmi les enjeux de cette grève figuraient le principe de négociation collective, l'augmentation des salaires et l'amélioration des conditions de travail. En quelques heures, près de 30 000 travailleurs avaient quitté leur poste. Même les fonctionnaires indispensables comme les pompiers se sont mis en grève.

Un groupe d'opposition à la grève se met en place sous la forme d'un comité de citoyens qui est constitué peu de temps après le début de la grève, composé des citoyens les plus influents de Winnipeg. Le comité accuse la grève d'être une conspiration révolutionnaire menée par un petit groupe de « maudits étrangers. »

« Notre cause est juste »
Jamais les travailleurs de Winnipeg n'ont affiché autant de confiance dans la cause qu'ils défendent aujourd'hui. Jamais n'y a-t-il eu autant d'unanimité quant à l'absolue nécessité de régler une fois pour toutes les deux points en jeu, à savoir : 1. le droit à la négociation collective et 2. le droit à un salaire suffisant. [Traduction libre]
- Western Labor News, le 21 mai 1919 (Winnipeg)
Des agents de la Police à cheval foncent sur la rue principale
Des agents de la Police à cheval foncent sur la rue principale (Main Street) durant la grève de Winnipeg, le 21 juin 1919
Crédit : Bibliothèque et Archives Canada /C-37275

Craignant que la grève ne se propage à d'autres villes, le gouvernement fédéral missionne des ministres du cabinet pour intervenir sur place. Les ministres rencontrent le comité de citoyens, mais pas le comité de grève. Sur les conseils des ministres du cabinet, le gouvernement fédéral donne l'ordre à ses fonctionnaires de retourner au travail sous peine d'être immédiatement congédié, et le 17 juin il ordonne l'arrestation de dix meneurs de la grève. Quatre jours plus tard, près de 25 000 grévistes se rassemblent pour manifester. Le maire de Winnipeg énonce les dispositions législatives sur les émeutes et fait appel à la Royale gendarmerie à cheval du Nord-Ouest. Montée à cheval, elle charge la foule de grévistes, les frappes à coups de matraque et leur tire dessus.

Cette journée, plus connue sous le nom de « Bloody Saturday » (samedi sanglant), se termine par une occupation des rues par les troupes fédérales. Aux prises à la fois avec les forces du gouvernement et celles des employeurs, les grévistes décident de reprendre le travail le 25 juin.

La grève générale a laissé un goût amer et a soulevé une controverse qui s'est accompagnée d'une vague de syndicalisme et de militantisme croissant au Canada. J.S. Woodsworth, un meneur de grèves condamné à une année de prison, finit par créer la Fédération du Commonwealth coopératif, ancêtre du Nouveau parti démocratique. Presque 30 ans s'écoulent avant que les travailleurs canadiens obtiennent une reconnaissance des syndicats et la mise en place d'une négociation collective.

La commission royale qui enquête sur la grève conclut que celle-ci n'était pas une conspiration criminelle menée par des étrangers et laisse entendre que « si le Capital n'offre pas suffisamment de solutions pour assurer une existence satisfaisante aux travailleurs [...] alors le gouvernement peut trouver nécessaire de s'interposer et de laisser l'État prendre les choses en main au détriment du Capital. »

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