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Canadian Public Health Association

L'intérêt économique d'investir dans la santé publique et les DSS

Ces dernières années, le grand public et la classe politique se sont beaucoup intéressés à la question suivante : « Notre système de santé est-il durable? » Les preuves qui s'accumulent laissent croire que non.

80 % des dépenses de programme des provinces iront aux soins de santé d'ici 2030

David Dodge et Don Drummond, deux économistes canadiens de renom, déclarent que d'ici 2030, les dépenses provinciales en soins de santé représenteront environ 80 % des dépenses de programme des provinces.1

L'escalade des coûts est principalement alimentée par une hausse de la consommation de médicaments, de la technologie médicale et des ressources humaines pour traiter un fardeau de plus en plus lourd de maladies en grande partie évitables, comme le diabète, l'hypertension artérielle, les cardiopathies, les AVC, les cancers, les maladies mentales et les troubles musculosquelettiques23.

Simultanément, ces pressions financières réduiront la capacité des gouvernements de financer l'éducation, les services sociaux (y compris le soutien du revenu), les soins et l'apprentissage des jeunes enfants, le logement social et l'accès à des aliments nutritifs. Le résultat? Une incidence très négative sur la santé et le bien-être de la population générale, des iniquités plus profondes et l'effritement de la confiance des Canadiens envers le régime public de soins de santé et les services de santé publique.

Les maladies et les blessures évitables font gonfler les taux d'hospitalisation dans les faibles catégories de revenu

Selon l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), les disparités face à la santé associées au statut socioéconomique se reflètent dans les coûts du système de santé4. Bien que les résidents canadiens jouissent d'un accès universel aux hôpitaux et aux services médicaux externes peu importe leur capacité de payer, l'ICIS et d'autres études ont démontré qu'il existe des disparités dans l'utilisation des services de santé par différents groupes socioéconomiques au Canada. Dans les quintiles de revenu inférieurs, les gens ont plus tendance à être hospitalisés et à recevoir des médicaments que dans les quintiles intermédiaires et supérieurs. Les différences sont attribuables en partie à la prévalence accrue des maladies chez les résidents à faible revenu4.

Autrement dit, il y a un surcroît d'hospitalisations chez les personnes appartenant aux faibles catégories de revenu, ce qui est probablement lié aux causes de maladies et de blessures évitables.

L'intérêt d'une santé publique préventive

L'ACSP et d'autres organismes à vocation sanitaire font valoir que des investissements « en amont » dans des services, des programmes et des interventions de santé des populations qui ciblent la prévention des maladies, la promotion de la santé et la protection de la santé entraîneraient une diminution de la demande et de l'utilisation « en aval » des services de soins actifs dans les établissements de santé5.

Les preuves récentes de plusieurs études de cas économiques portant sur des stratégies de prévention rendent les arguments en faveur de tactiques de santé publique préventives encore plus séduisants. Une étude a montré par exemple que pour chaque hausse de 10 % des dépenses locales en santé publique, les décès dus aux maladies cardiovasculaires baissent de 3,2 %. Ceci représente des dépenses accrues de 312 274 $US au niveau des organismes de santé locaux (États-Unis). Par contre, pour obtenir la même réduction de la mortalité cardiovasculaire au moyen d'interventions de soins cliniques, il faudrait dépenser plus de 5,5 millions de dollars US, soit plus de 27 fois l'investissement en santé publique67.

Nous avons maintenant de nombreuses preuves que la majorité des dépenses en soins de santé est consacrée à des affections en grande partie évitables (diabète, hypertension artérielle, cardiopathies, AVC, cancer, blessures). Aux États-Unis, on estime qu'un investissement de 10 $US par personne par année dans des « programmes éprouvés de prévention communautaire des maladies (par) l'activité physique, la nutrition et (la réduction du) tabagisme pourrait entraîner des baisses de :

  • 5 % dans les taux de diabète de type II et d'hypertension artérielle sur 1 ou 2 ans;
  • 5 % dans les taux de cardiopathie, de maladies du rein et d'AVC sur 5 ans;
  • 2,5 % dans les taux de certaines formes de cancer, de MPOC et d'arthrite sur 10 à 20 ans. » [TRADUCTION LIBRE]

Ces investissements mèneraient à des économies nettes de près de 18 milliards de dollars US par année, soit un rendement du capital investi (RCI) de 6,2 pour chaque dollar investi8. Ces estimations du RCI sont très prudentes, car elles sont basées uniquement sur les économies réalisées dans les coûts des soins de santé, sans tenir compte des autres coûts sociétaux comme les pertes de productivité. De nombreuses études indiquent aussi quel est le rendement du capital investi au Canada dans les mesures de prévention des maladies et des blessures et de promotion de la santé.

Pourtant, les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux ne consacrent qu'une faible proportion de leur investissement aux fonctions de santé publique « en amont »5,  et aux déterminants sociaux de la santé (DSS) afin d'améliorer la santé humaine et de maîtriser les coûts des soins de santé « en aval » pour traiter les maladies et les blessures évitables91011.

De nouvelles méthodes pour plaider la cause de la prévention

Plusieurs méthodes prometteuses sont apparues récemment pour examiner l'impact de la prévention des maladies et de la promotion de la santé sur la santé et les coûts des soins de santé. Le modèle de simulation dynamique est l'un des plus utiles. la particularité de cette approche est sa capacité de projeter et d'estimer différentes pistes selon différentes hypothèses, en explorant les conséquences de différents scénarios12. Les données probantes obtenues par l'analyse de modélisation économique aux Etats-Unis montrent que les investissements « en amont » dans la prévention primaire et la santé publique réduisent les dépenses en soins de santé à long terme7. Accroître l'efficience (réduire le gaspillage) dans le système de santé tout en ralentissant le rythme d'augmentation des dépenses n'a pas autant d'impact.

En mai 2012, l'ACSP a été l'hôte d'une réunion de spécialistes des domaines de la santé publique, de l'économie de la santé et de la modélisation économique, qui ont exploré la faisabilité et l'utilité des modèles de simulation dynamique (ou de modèles semblables) pour démontrer l'impact des investissements dans la prévention des maladies, la promotion de la santé et la protection de la santé. Le compte rendu de l'atelier13 présente un sommaire des discussions et les « prochaines étapes » suggérées.


  1. Dodge, D. Chronic Health Care Spending Disease: a macro diagnostic and prognosis, Ottawa, Institut C.D. Howe, 2011.
    Drummond, D. Charting a Path to Sustainable Health Care in Ontario: 10 proposals to restrain cost growth without compromising quality of care, Toronto, Groupe Financier Banque TD, 2010.
  2. Institut canadien d'information sur la santé/Statistique Canada. Indicateurs de santé 2012, juin 2012. Sur Internet : https://secure.cihi.ca/free_products/health_indicators_2012_fr.pdf (consulté en version anglaise le 19 juin 2012).
  3. Millar, J., A. Best et V. Lee. Discussion Paper: Accelerating Change in Primary Health Care in Canada, 16 septembre 2011. Photocopie.
  4. Institut canadien d'information sur la santé. Disparités en matière d'hospitalisation selon le statut socioéconomique chez les hommes et les femmes, octobre 2010.
  5. Kendall, PRW. Investing in Prevention: Improving Health and Creating Sustainability. The Provincial Officer of Health's Special Report, Office of the Provincial Health Officer, Colombie-Britannique, septembre 2010. Sur Internet : www.health.gov.bc.ca/library/publications/year/2010/Investing_in_prevention_improving_health_and_creating_sustainability.pdf
  6. Mays, G. « Evidence links increases in public health spending to declines in preventable deaths », Health Affairs, vol. 30, no 8 (2011), p. 1585-1593.
  7. Milstein, B., J. Homer, P. Briss, D. Burton et T. Pechacek. « Why behavioural and environmental interventions are needed to improve health at lower costs », Health Affairs, vol. 30, no 5 (2011), p. 823-832.
  8. Trust for America's Health. Prevention for a Healthier America: Investments in disease prevention yield significant savings, stronger communities, 2009.
  9. Agence de la santé publique du Canada. Investir en prévention : la perspective économique. Principales conclusions d'un examen des données récentes, mai 2009. Sur Internet : www.phac-aspc.gc.ca/ph-sp/preveco-index-fra.php (consulté en version anglaise en octobre 2011).
  10. Centre de collaboration nationale des déterminants de la santé. L'intégration des déterminants sociaux de la santé et de l'équité en santé dans les pratiques de santé publique au Canada : Analyse du contexte en 2010, mars 2011. Sur Internet : nccdh.ca/images/uploads/Environ_Report_FR.pdf (consulté en version anglaise en avril 2012).
  11. Chambre des communes. Maladies chroniques liées au vieillissement et promotion de la santé et prévention des maladies, Rapport du Comité permanent de la santé, mai 2012. Sur Internet : www.parl.gc.ca/content/hoc/Committee/411/HESA/Reports/RP5600467/hesarp08/hesarp08-f.pdf (consulté en version anglaise le 28 mai 2012).
  12. Milstein, B., J. Homer et G. Hirsch. « Analyzing national health reform strategies with a dynamic simulation model », Am. J Public Health, vol., 100, no 5 (mai 2012), p. 811-819.
  13. Association canadienne de santé publique. Dynamic Simulation Model Workshop, mai 2012. Sur Internet : www.cpha.ca/uploads/progs/soc-detrmnts/frontline/dynamic_simulation_model_workshop_report.pdf (consulté le 13 mars 2013).