Main navigation French

Canadian Public Health Association

Le projet et le réseau PATH : Antigonish (Nouvelle-Écosse)

Antigonish

La parole est aux résidents

ÉcouteÉcoutez en anglais (MP3 : 10:15)

Par le passé, seuls les organismes de santé et les gouvernements utilisaient les outils d'évaluation d'impact sur la santé (ÉIS). Le projet PATH (People Assessing Their Health) a voulu changer cela en ouvrant le processus aux membres de la collectivité. « Nous sommes partis de l'idée que les gens savent ce qu'il faut faire pour que leur communauté soit en santé et pour qu'elle le reste » explique Colleen Cameron, enseignante principale à l'Institut international Coady de l'Université St. Francis Xavier à Antigonish (Nouvelle-Écosse). Mme Cameron travaille avec le réseau PATH et coanime un cours sanctionné par un certificat sur l'évaluation d'impact sur la santé communautaire.

L'évaluation d'impact sur la santé communautaire est un outil qui sert à repérer et à évaluer les effets sanitaires possibles de projets ou de politiques communautaires et à formuler des recommandations concrètes pour les aborder. Ce genre d'outil est important, car il permet de prévoir les problèmes et d'en atténuer les effets à l'avance en amenant les responsables des politiques et l'administration locale à appliquer les recommandations durant le processus décisionnel.

Le premier projet d'ÉIS communautaire

Le premier projet PATH (1995-1996) a produit un manuel, PATHways to Building Healthy Communities in Eastern Nova Scotia: The PATH Project Resource, encore consulté aujourd'hui. Ce projet avait été élaboré en réponse à la décentralisation du système de santé de la Nouvelle-Écosse. L'équipe du PATH y a vu l'occasion d'inciter les membres de la collectivité à se faire entendre.

« L'ÉIS classique prévoit divers niveaux de consultation communautaire » dit Mme Cameron. Les ressources du PATH sont nées du désir de faire plus de place au public. « La communauté élabore son propre outil, qui reflète ses valeurs, ses convictions et ses priorités » dit-elle.

Sur le site Web du centre de ressources pour femmes d'Antigonish, il est écrit que « ...le processus d'évaluation d'impact sur la santé communautaire peut être utilisé par n'importe quel groupe, organisme ou établissement préoccupé par l'impact des politiques ou des programmes sur la santé globale des communautés. » (Traduction libre)

Les outils élaborés sont si conviviaux que le projet intègre même des partenaires internationaux. Le réseau PATH relie des gens d'universités, de services de santé, de conseils de santé communautaires et d'organismes de proximité. Il mobilise des collègues du Canada, de la Thaïlande, de l'Australie, de l'Inde et de l'Afrique. Ces gens échangent de l'information sur le processus du PATH afin d'élaborer des outils propres à leurs communautés, qui peuvent servir dans diverses situations.

Des outils adaptés pour influencer les projets

Le réseau PATH aide les communautés à évaluer systématiquement leurs préoccupations relatives à la santé et à en discuter en respectant les opinions de chacun. Le processus comporte deux étapes :

  1. Les groupes communautaires élaborent un outil basé sur leur situation particulière. Cet outil peut ensuite servir à évaluer plusieurs projets futurs.
  2. Les animateurs du PATH aident les résidents à utiliser leur outil d'ÉIS communautaire pour évaluer l'impact sur la santé du projet, de la politique ou de l'aménagement en question.

Le processus fonctionne dans des contextes et des cultures variés. Le réseau PATH l'a présenté à un groupe indigène de l'Inde qui élaborait un projet touristique. La communauté tribale n'avait pas envisagé les conséquences sanitaires de ce projet auparavant. En suivant le processus du PATH, le groupe a pu définir des moyens d'aborder ces effets sanitaires et de rendre le projet plus culturellement approprié. Il a créé une « Charte du tourisme durable » pour orienter ses futures entreprises.

Plus près de nous, le processus est utilisé à l'appui d'activités de revendication. Lorsque la communauté d'Antigonish a été confrontée à plusieurs fermetures d'écoles, les groupes locaux de défense des droits ont utilisé l'outil d'évaluation d'impact sur la santé communautaire pour décrire les conséquences de ces fermetures. Au lieu de fermer, l'une des écoles condamnées a plutôt développé ses services pour inclure une bibliothèque communautaire. L'outil a été un moyen rapide et efficace de présenter une solution de rechange.

« Les gens se sentent plus libres d'agir quand ils sont capables de s'organiser et d'exprimer leurs préoccupations » dit Susan Eaton, membre du projet PATH depuis 2001.

Redéfinir la santé et remobiliser la population

L'un des principaux obstacles à la propagation du processus du PATH est de nature terminologique. La définition actuelle de la santé est tellement liée au système de santé (médecins, infirmières et hôpitaux) qu'il est difficile d'amener les gens à évaluer la santé et le bien-être dans une perspective plus large. Mme Cameron estime que même quand les gens ont pris conscience des effets sanitaires de projets qui ne semblent pas liés à la santé de prime abord, ils n'arrivent pas à dépasser la définition classique et limitée de la santé. Elle a déjà abordé un conseiller municipal après une ÉIS communautaire sur la mise en oeuvre d'un règlement antitabac et lui a demandé s'il envisagerait de mener d'autres ÉIS à l'avenir.

« Il a répondu : Bien sûr. C'était formidable. Chaque fois que nous aurons un dossier de santé à régler. » Mme Cameron prend une voix attristée : « Donc pas pour le zonage, la circulation, les choses comme çà... ils ont une conception étroite de la santé. »

L'apathie est un autre problème. Selon Mme Eaton, les gens se sentent souvent si impuissants à influencer le cours des choses qu'ils n'essaient même pas de participer aux décisions.

« La plupart des gens se sentent peu concernés et peu attirés; il est difficile d'essayer de les remobiliser. Mais je crois qu'il y a de l'espoir, et c'est ça que je trouve emballant, dit-elle. Je ne continuerais pas à faire ce travail si je n'y voyais pas d'espoir. »

La conviction de l'équipe du PATH est bien fondée. Ces évaluations de la santé peuvent vraiment changer les choses. Au Ghana, le C enter for Indigenous Knowledge and Organizational Development a utilisé le processus du PATH pour élaborer un outil. On l'a ensuite appliqué dans une communauté où se trouvait une mine d'or. « Les gens ont été très étonnés des enjeux qui sont ressortis, affirme Mme Cameron. Ils se sont mobilisés au point où ils ont appelé la direction de la société minière pour exiger une réunion. Celle-ci a duré toute une journée, et la population (...) a réussi à convaincre les dirigeants de la minière. »

Il n'est pas facile d'aider les communautés à réfléchir à leur santé d'une façon nouvelle et de les habiliter à agir, mais le jeu en vaut la chandelle. « Nous avons découvert que l'intérêt des ÉIS communautaires est qu'elles permettent vraiment à une voix de remonter à la surface et de se faire entendre auprès des décideurs comme jamais auparavant » dit Mme Eaton.