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Canadian Public Health Association

Le programme HARP (Homeless At Risk Prenatal) - Toronto

Une main tendue aux femmes enceintes dans les rues de Toronto

Employées
Alice Gorman Écoute
Écoutez en angalis (MP3 : 9:28)

« J'ai toujours eu la ferme conviction que les gens ont ce qu'il faut pour s'occuper d'eux-mêmes et que parfois ils ont juste besoin d'un peu d'appui. Nous misons sur les aspects positifs. Nous croyons qu'il faut offrir notre service avec respect et dignité. »

Alice Gorman, gestionnaire du programme Familles en santé au Service de santé publique de Toronto, parle avec une grande passion du programme Homeless At Risk Prenatal (HARP) financé par l'initiative « Bébés en santé, enfants en santé ». HARP a été mis en oeuvre en 2007 au bout de près de 10 ans d'activités de couloir pour améliorer les soins de santé aux femmes enceintes itinérantes et sans abri de la ville. Aujourd'hui, une équipe spécialisée d'infirmières, de diététistes et de gestionnaires collabore étroitement avec les hôpitaux, les abris et d'autres organismes locaux pour que ces femmes aient la grossesse la plus sûre possible et qu'elles accouchent de bébés en meilleure santé possible.

Ça commence par la confiance

Travailler avec des femmes qui ont le plus souvent un vécu traumatisant peut être un défi. Il faut du temps et des efforts pour gagner leur confiance.

Les petites victoires sont importantes pour l'équipe HARP et pour ses alliés dans la communauté. Ces victoires peuvent être mineures, comme d'augmenter l'apport en protéines dans le régime d'une femme en lui donnant des bons alimentaires, ou immenses, comme de la convaincre d'accoucher à l'hôpital. Des indicateurs de succès donnent à l'équipe une bonne idée de la situation de leurs clientes. Par exemple : une telle s'est-elle présentée à son rendez-vous de dépistage prénatal cette semaine?

« Il y a d'énormes problèmes de santé mentale et de toxicomanie dans cette population, dit Mme Gorman. Nous les abordons sans porter de jugement, d'une manière vraiment respectueuse et axée sur la cliente. Nous travaillons selon une méthode de réduction des méfaits, en essayant d'amener les femmes à faire ce qui fonctionne le mieux pour elles dans l'instant. Je pense que nous sommes très réalistes dans les résultats que nous attendons. »

Les femmes sans abri et itinérantes ne suivent souvent pas un horaire régulier; la souplesse est donc de mise pour accommoder les clientes de HARP. Quand l'une d'elles demande de l'aide, les infirmières passent à l'action, car le créneau a tendance à se fermer rapidement.

Mme Gorman parle abondamment du fait que beaucoup de ses clientes se replient sur elles-mêmes à cause de ce qui leur est arrivé. « Elles pensent que personne n'écoute jamais vraiment. Certaines n'ont pas reçu les soins médicaux dont elles avaient besoin au moment voulu. Elles ont vécu des grossesses où elles ont eu des craintes. »

L'importance de réagir rapidement

Les infirmières de HARP ont commencé à porter leur téléphone cellulaire sur elles. Les textos sont devenus un excellent moyen de garder contact avec les clientes, de répondre à leurs questions spontanées ou de réagir rapidement en cas d'urgence.

Une action rapide nécessite un vaste réseau multidisciplinaire, mais le programme a trouvé qu'il était difficile, au début, de construire des partenariats associatifs solides. Par le passé, de nombreux services sociaux semblables à HARP travaillaient en vase clos. Il y avait peu de communication et de coordination entre organismes, et aucun plan conjoint n'était en place. À présent, Mme Gorman attribue une grande partie du succès du programme à ses partenariats solides dans la communauté. Ces associés contribuent à repérer les clientes éventuelles et à les aiguiller directement vers une infirmière de HARP.

Des arrangements avec les hôpitaux permettent aux infirmières du programme de demander des soins prénatals accélérés (prises de sang, échographies) pour leurs clientes. L'équipe aiguille les femmes vers les abris qui soutiennent leur grossesse en leur permettant de rester plus longtemps. Ces endroits contournent les règles en assouplissant l'horaire de ces femmes, ce qui leur donne plus de liberté pour se présenter à leurs bilans de santé. Ils font de leur mieux pour accommoder les partenaires des femmes, car celles-ci ont moins tendance à rester dans un abri si leurs partenaires ne peuvent pas y séjourner avec elles.

HARP travaille aussi très étroitement avec l'Aide à l'enfance pour veiller au bien-être de la mère et du bébé après la naissance. « Notre principal objectif est de faire en sorte que cette femme soit en aussi bonne santé que possible, mais nous voulons également qu'en bout de ligne cet enfant ait un meilleur avenir. L'Aide à l'enfance doit être présente pour s'assurer que cet avenir est solidifié » dit Mme Gorman.

Évaluer ce qui fonctionne ou pas

L'équipe HARP prend le temps d'étudier soigneusement sa façon de procéder. Les membres se réunissent périodiquement pour discuter de ce qui fonctionne ou pas. HARP sollicite aussi l'avis de la communauté et des clientes elles-mêmes. En tenant compte de tous ces éléments, le personnel de HARP s'est assis dernièrement pour évaluer et planifier son programme. « Nous avons passé pas mal de temps à créer un modèle logique, une expérience que personne d'entre nous n'apprécie en général » dit Mme Gorman en riant. L'exercice a néanmoins donné de bons résultats. « Nous avons réussi à coucher sur une seule page toutes les choses que nous faisons et tous les changements qui se sont produits. Ça nous a donné l'occasion de réfléchir. L'expérience a été assez étonnante à plusieurs égards. »

Ce genre de planification et de communication soigneuse est en place depuis la fondation du projet. Avant de lancer l'initiative sous sa forme actuelle, le Service de santé publique de Toronto a exploré l'idée de fournir des soins prénatals aux femmes enceintes sans abri à la faveur d'un projet-pilote et d'une revue complète de la littérature spécialisée. L'essai pilote a affiné le processus d'intervention et fourni des preuves encourageantes pour le financement futur de l'initiative.

Travailler avec une population aussi marginalisée est difficile, mais travailler sur les déterminants sociaux de la santé est valorisant. Selon Mme Gorman, « l'une des choses qui nous donne le plus de fierté en tant qu'équipe est de recevoir un appel d'une de nos anciennes clientes pour nous dire : « J'ai une amie qui est enceinte et je veux vous la présenter. » Ça veut dire que nous avons aidé une personne suffisamment pour qu'elle partage cette ressource avec une autre. »

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