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Canadian Public Health Association

Isolement = mauvaise santé : La Première Nation Kwadacha renverse l'équation

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Le territoire de la Première Nation Kwadacha est l'une des régions les plus isolées de la Colombie-Britannique. La plus grande réserve, Fort Ware (370 habitants), est très à l'écart du centre-ville le plus proche, le seul accès terrestre étant un chemin forestier cahoteux qui prend huit à dix heures à parcourir.

Paul Coppard Écoute
Écoutez Paul Coppard en anglais (MP3 : 9:41)

Il est donc difficile de trouver des professionnels de la santé disposés à servir la région et à rester à Fort Ware. « Nous avions un médecin qui ne venait qu'un jour et demi par mois [pour voir] 80 personnes » dit Eileen Ruth, directrice de la santé de la Nation Kwadacha. « Faites le calcul : c'est à peu près 4 minutes par personne. La population est-elle bien servie? »

« Avant, on fonctionnait selon une approche d'intervention d'urgence simplement parce que l'accès aux services était si limité. Les dents se dégradaient gravement avant qu'on puisse réparer les caries, et les problèmes de santé avaient le temps de s'aggraver considérablement avant que les gens soient transportés en ville pour recevoir des soins » dit Paul Coppard, le coordonnateur du Finlay Health HUB.

Cette approche réactive allait à l'encore des objectifs de santé publique comme la prévention et le suivi des soins. La communauté était malade, et il n'y avait pas de solution facile.

Un processus communautaire qui fait appel aux enfants et aux jeunes

Les chefs de la Nation Kwadacha se sont tournés vers les résidents pour résoudre le problème. Ils ont organisé des soupers et des rencontres à dates fixes pour demander leur avis aux membres de la communauté. Toutes les suggestions ont été prises en compte. M. Coppard raconte le déroulement d'une réunion en particulier. Les participants devaient compléter la phrase : « Ma communauté est en santé quand... » On a écrit leurs réponses et on les a épinglées au mur pour que chacun puisse les voir. Des enfants aussi jeunes que cinq ans y sont allés de leurs suggestions : « Certains ont fait un dessin, d'autres ont demandé de l'aide pour épeler certains mots... ils ont pris ça très au sérieux, dit M. Coppard. Il était très clair que les enfants voulaient un terrain de jeu. Nous en avons fait le quatrième ou le cinquième point du plan de travail. Ce sont les enfants qui en ont été l'inspiration. »

« Nous voulons impliquer les jeunes et avoir leur avis sur ce qui se passe dans leur communauté, dit Mme Ruth. Ce sont nos dirigeants de demain, et ils doivent participer à tout ce qui se passe. »

Après ces vastes consultations communautaires, les chefs de la Nation Kwadacha ont pu soumettre une liste de recommandations à la First Nations Health Authority de la Colombie-Britannique. L'administration sanitaire en tiendra compte dans ses estimations des priorités régionales. « Nous pouvons parler avec beaucoup de conviction et de clarté de ce que la communauté trouve important pour elle, des enfants jusqu'aux aînés, ce qui est très rare, je pense » ajoute M. Coppard.

Établir des soins primaires dans la communauté

Le 16 juillet 2013 a marqué l'ouverture à Fort Ware d'une clinique de santé et d'un centre administratif ultramodernes dotés d'un dispositif de chauffage et de refroidissement géothermique. Le projet est financé par le Programme écoÉNERGIE pour les collectivités autochtones et nordiques (PECAN) 2011-2016. Avec ces nouvelles installations, la communauté est bien équipée pour embaucher ou accueillir des professionnels de la santé. Actuellement, un dentiste se rend dans la réserve tous les deux ou trois mois pour traiter les gens sur place. La communauté veut aussi embaucher une infirmière praticienne à plein temps.

« On implante à présent un système local d'appui aux soins primaires, et j'ai la preuve concrète que cela fera beaucoup pour stabiliser les résidents et les aider à avancer sur le chemin de la santé... un chemin qu'ils ont choisi eux-mêmes » dit M. Coppard.

Un combat pour les services essentiels dans cette communauté éloignée

M. Coppard et Mme Ruth conviennent qu'il est difficile de faire comprendre aux gens les difficultés que vivent les Premières Nations dans les communautés éloignées. Le financement est aussi un problème. Selon Mme Ruth, il est relativement facile de faire financer un projet pilote ou à court terme, mais pas les initiatives à plus long terme.

« On ne veut pas d'une solution de fortune, dit-elle. On veut quelque chose qui arrangera tout. Une solution pour plusieurs années. »

En plus d'un financement à long terme, ces communautés ont besoin de systèmes pour pouvoir s'auto-administrer. Après une période de négociation de six ans et deux années de planification, cette possibilité d'autorégulation est enfin là : le 1er octobre 2013 a été le jour de la « transition » où le gouvernement fédéral a cédé du personnel, des fonds et des ressources à la First Nations Health Authority pour gérer les soins de santé de plus de 150 000 Autochtones en Colombie-Britannique. Comme le dit M. Coppard, « La First Nations Health Authority peut maintenant créer des postes, offrir du soutien et amener les décideurs qu'il faut, ce qui coïncidera avec la concrétisation d'un plan sanitaire... Tout cela est extrêmement bénéfique. »

Pour obtenir encore d'autres changements, plusieurs communautés de la région ont mis leurs forces et leurs ressources en commun dans la lutte pour obtenir des services essentiels. « Il est important de travailler ensemble, car deux voix valent mieux qu'une, dit Mme Ruth. N'arrêtez pas. N'acceptez pas qu'on vous dise non. Cherchez toujours une autre issue. Continuez résolument d'avancer. »

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