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Canadian Public Health Association

Histoire de la planification familiale Canada

les pilules anticonceptionnelles La planification familiale est pratiquée depuis la nuit des temps. En effet, les préservatifs ont été inventés en Égypte en 3000 AEC et les femmes pratiquaient la limitation des naissances en utilisant des méthodes relativement inefficaces et souvent dangereuses, comme des éponges imbibées d'eau savonneuse et des douches à base de miel et de déjections de crocodile. De nos jours, il existe de nombreuses solutions pour limiter les naissances : pilules, injections, insertion d'instruments, préservatifs et méthodes naturelles.

Définie de façon générale, la planification familiale consiste à planifier de façon consciente le nombre de naissances et le moment où l'on a des enfants. Le choix du bon moment peut concerner le moment de la première naissance, l'intervalle de temps entre les naissances et le moment auquel arrêter d'avoir des enfants. Il peut englober l'avortement, une discussion sur les différents moyens de contraception et les tests de fertilité voire un traitement de l'infertilité.

En 1892, une loi fédérale est adoptée sous le Code criminel rendant illégale la vente ou la promotion de moyens permettant de limiter les naissances au Canada, alors que de nombreuses femmes à l'époque risquaient leur santé physique et mentale en tombant enceintes presque tous les ans :

« Est coupable d'un acte criminel et passible de deux ans d'emprisonnement, celui qui, avec connaissance de cause et sans justification ou excuse légitime offre en vente, annonce, a pour les vendre ou en disposer, quelque médecine, drogue ou article destiné ou représenté comme servant à prévenir la conception ou à causer l'avortement, ou publie une annonce de cette médecine, drogue ou article. »
(Article 179 du Code criminel canadien de 1892)

Dre Elizabeth Bagshaw
Dre Elizabeth Bagshaw

Elizabeth Bagshaw, une des premières femmes médecins au Canada, défend l'idée selon laquelle les femmes avaient le droit de prévenir leurs grossesses. Elle crée le premier centre de planification familiale à Hamilton en Ontario en 1932 en violation des lois en vigueur et en dépit d'une vive critique de la part du milieu médical et religieux.

Alvin Ratz Kaufman était un industriel et un mécène installé à Kitchener en Ontario et un des pionniers du mouvement en faveur de la limitation des naissances au Canada. Il crée le Parents' Information Bureau (bureau d'information des parents) en 1935 afin de diffuser de l'information sur la limitation des naissances. Il envoie les infirmières directement chez les gens afin de fournir aux familles des préservatifs et de la gelée contraceptive. Parmi les travailleurs sur le terrain qu'il engage, se trouve Dorothea Palmer qui est inculpée en 1936 d'informer les gens sur la contraception dans un quartier pauvre d'Ottawa. M. Kaufman profite de l'occasion pour mettre à l'épreuve les lois canadiennes devant les tribunaux et dépense des sommes considérables pour organiser une défense.

La publicité entourant le procès suscite un soutien du grand public en faveur du mouvement de la limitation des naissances. Le tribunal acquitte Mme Palmer au motif que sa démarche ne vise pas le profit, mais plutôt l'intérêt du bien public. L'affaire a été exceptionnelle en ce sens que la décision a rejeté les objections religieuses et médicales contre la communication d'informations sur la limitation des naissances.

Tandis qu'il faudra encore 30 ans avant que la contraception soit complètement légalisée au Canada, personne n'a jamais plus été poursuivi en justice pour communication d'informations sur la limitation des naissances. Le Parents' Information Bureau sert bientôt 25 000 clients par an.

Après la Seconde Guerre mondiale et le baby-boom, le public accepte de plus en plus vite la limitation des naissances. En 1960, la pilule anticonceptionnelle est disponible au Canada, mais les docteurs peuvent seulement la prescrire pour des raisons thérapeutiques et non pour contrôler les naissances. Une année plus tard, Harold Fine, un pharmacien, est inculpé, reconnu coupable et condamné à verser une amende pour la vente de préservatifs dans sa pharmacie. Sa condamnation incite Barbara et George Cadbury ainsi qu'un groupe de chefs religieux et d'éminents médecins à mettre au point le premier chapitre de la Planned Parenthood Association (association de la planification des naissances).

L'Association médicale canadienne et d'autres organismes nationaux bénévoles respectés rejoignent la campagne. Les membres de l'Association canadienne de santé publique (ACSP) adoptent la résolution suivante :

« La planification familiale a des effets bénéfiques sur la santé et sur le bien-être des familles; attendu que de nombreux Canadiens qui ont recours à la planification familiale d'une manière qui soit compatible avec leurs valeurs religieuses, morales et éthiques individuelles et que de nombreuses familles de groupes socioéconomiques inférieurs qui bénéficieraient le plus d'une telle planification manquent d'informations ou des moyens d'obtenir cette information. Il est par conséquent résolu que l'ACSP souscrive, conformément à la loi, à l'élaboration et à l'exécution de programmes de planification familiale auprès de tous ceux qui en ont besoin. »
[traduction libre] (Résolution de l'ACSP de 1969)

Après des années d'efforts, l'article qui rend illégales la promotion et la vente de moyens permettant de limiter les naissances est finalement retiré du Code criminel en 1969. La dépénalisation de la contraception donne le droit à tous les Canadiens de prévenir les grossesses (et de se protéger contre les infections sexuellement transmissibles) sans voir leur comportement taxé de criminel. La même loi également dépénalise certains avortements dans des conditions extrêmement limitées.

Deux ans plus tard, les membres de l'ACSP décident que les services de santé doivent créer davantage de programmes en planification familiale, les exécuter et les financer dans le cadre de prestations de santé globales et que ces programmes doivent fournir de l'information, des conseils, une formation et des services aux personnes qui le demandaient. La même année, Santé et Bien-être social Canada accorde des subventions destinées à l'information et aux services portant sur la limitation des naissances au Canada.

Dre Elizabeth Bagshaw, qui fut la directrice médicale du centre illégal de planification familiale pendant plus de 30 ans, a été faite Membre de l'Ordre du Canada en 1972.

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