Main navigation French

Canadian Public Health Association

Au service des populations réfugiées : la communauté rom de Toronto

Le Forum sur la santé des Roms

Ruby Lam ÉcouteÉcoutez Ruby Lam en anglais (MP3 : 10:14)

Les récentes compressions dans le Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI) ont poussé Santé publique Toronto à se demander comment offrir efficacement des services répondant aux besoins de diverses populations marginalisées. Pour Ruby Lam, responsable de l'accès et de l'équité à Santé publique Toronto, ce changement a nécessité une compréhension plus profonde et culturellement appropriée des besoins des populations mal desservies.

L'un de ces groupes à Toronto est la communauté rom. Les Roms sont une population réfugiée qui a subi pendant des siècles la discrimination, le harcèlement et la privation de ses droits de la part de gouvernements et de citoyens. Santé publique Toronto a pris conscience du défi extraordinaire de servir cette communauté en lisant les rapports de praticiens de première ligne. Comme l'information provenait de praticiens, on s'est rendu compte que malgré le grand nombre de Roms à Toronto, on faisait peu d'efforts ciblés pour les joindre et on connaissait mal leur culture et leurs besoins de santé. Entre autres, la communauté rom affiche des modes d'utilisation des services de santé que l'on ne voit pas dans d'autres groupes. « Des clients venaient à une ou deux séances d'un programme de huit semaines sur l'entraide nutritionnelle ou la santé des bébés... puis ils décrochaient » dit Mme Lam.

La culture rom accorde aussi une grande valeur à l'unité familiale, et l'on rapporte que certains patients roms se présentaient avec toute leur famille pour un rendez-vous individuel dans une clinique et se montraient réticents à en être séparés. Des praticiens ont dit que lors des Roms s'adressent aux services de santé, « ils ont souvent des besoins nombreux et complexes, des taux élevés de maladies chroniques, une mauvaise santé dentaire, souvent une mauvaise santé nutritionnelle... Nous voyons souvent des familles se présenter ensemble, et nous nous sommes demandés pourquoi. Nous l'avons découvert : c'est que les Roms (...) ne font pas toujours confiance aux symboles d'autorité ni aux services gouvernementaux; même lorsqu'un service est là pour aider les gens, il leur inspire de la méfiance. » Mme Lam ajoute qu'on ne peut offrir de bons services aux populations marginalisées, surtout les Roms, qu'en tissant des relations respectueuses, équitables et à long terme entre les dispensateurs de soins et les patients.

Un examen des modes d'utilisation des services par la communauté rom a montré à Santé publique Toronto que pour les réfugiés qui ont du mal à se retrouver dans le système de santé, le problème n'est pas toujours apparent. On pense souvent que s'ils ont des problèmes, ceux-ci sont causés par les barrières linguistiques ou par une mauvaise compréhension des services disponibles. Avec les Roms toutefois, il semble que les problèmes découlent de l'incertitude d'être traités avec respect et dignité. Fournir à la communauté rom des interprètes d'origine hongroise, par exemple, peut créer un problème en soi, car les Roms qui demandent le statut de réfugié au Canada ont souvent été victimes de discrimination de la part de l'ethnie hongroise en Europe.

Connaître la population : le Forum sur la santé des Roms

Le Forum sur la santé des Roms

Le Forum sur la santé des Roms avait à l'origine été planifié en collaboration avec le Centre communautaire rom comme une activité interne d'échange d'information sur les moyens de répondre aux besoins de cette population vulnérable. La communauté rom voulait vraiment y participer; elle s'est associée à Santé publique Toronto pour que l'information présentée sur les besoins de santé des Roms de Toronto soit adéquate. Le Forum sur la santé des Roms se voulait un lieu où « une communauté mal desservie pourrait raconter [son] histoire dans une salle comble, devant des organismes de toute la ville très enthousiastes et engagés, prêts à lui offrir de l'aide », dit Mme Lam. Le fort intérêt de la population a incité Santé publique Toronto à ouvrir l'activité à  la communauté. En une seule journée, les 200 sièges disponibles au public se sont remplis de représentants de 118 organismes de services publics qui cherchaient tous désespérément des informations sur les moyens d'offrir des services adéquats à la communauté rom.

Le forum a non seulement reconnu le besoin de répondre aux préoccupations de santé immédiates des Roms, mais aussi celui de changer le processus d'élaboration des politiques publiques du Santé publique Toronto et des organismes participants. Il a confirmé la nécessité d'offrir une tribune aux communautés marginalisées pour qu'elles puissent communiquer leurs besoins de santé et suggérer des stratégies pour y répondre.

Le Forum sur la santé des Roms est arrivé à point nommé : des compressions gouvernementales avaient récemment réduit les services de santé disponibles aux réfugiés. Cette mesure avait non seulement resserré l'accessibilité des soins de santé, mais aussi semé la confusion sur les services auxquels les réfugiés avaient encore droit.

Un succès qui se répétera?

Le Forum sur la santé des Roms a eu un immense succès : il a facilité les échanges d'information et mieux fait connaître les besoins des Roms à Toronto. Santé publique Toronto a observé des réactions positives dans la communauté rom, notamment le recours accru aux programmes de santé ciblés. « Nous offrons un programme d'entraide nutritionnelle qui s'adresse spécifiquement aux Roms, dit Mme Lam. Cette communauté organise maintenant un cours de cuisine dans l'une de nos installations dotée de cuisines. » De nombreux programmes de promotion de la santé de Santé publique Toronto s'associent aujourd'hui directement au Centre communautaire rom pour accroître le recours aux services dans la communauté rom.

Ruby Lam croit que le succès du Forum sur la santé des Roms pourrait influencer la façon dont Santé publique Toronto travaillera avec d'autres populations vulnérables et marginalisées à l'avenir. « Les efforts comme celui-ci sont payants... Ce genre d'information aidera les gens de Santé publique Toronto à devenir de meilleurs dispensateurs de services. »