Les douze grandes réalisations restent inachevées, selon le Dr Butler-Jones

Un centenaire est une occasion de célébrer, mais le docteur David Butler-Jones, administrateur en chef de la santé publique, a rappelé lundi matin aux participants que chacune des douze grandes réalisations du premier centenaire de l’ACSP laisse entrevoir le travail qui reste à faire. Le secteur de la santé publique a raison d’être très fier du passé, « mais nous devons renchérir sur cette œuvre », a dit le docteur Butler‑Jones.

Malgré les progrès en matière d’eau potable ainsi que de sécurité et de salubrité des aliments, il y a eu de récentes éclosions de listériose au Canada et des crises d’eau potable à North Battleford, en Saskatchewan, et à Walkerton, en Ontario. De nombreuses collectivités autochtones, en particulier, « ne peuvent se fier à leur approvisionnement en eau ».

L’objectif fondamental de la lutte contre les maladies infectieuses remonte aux débuts des efforts en santé publique au Canada, mais la grippe A(H1N1) est la plus récente d’une série de nouvelles maladies infectieuses atypiques.

En matière de santé environnementale, la pollution atmosphérique demeure un problème partout dans le monde, et les changements climatiques vont transformer la dynamique des maladies infectieuses et autres. Les perturbations sociales causées par la hausse du niveau des mers toucheront surtout les personnes à faible revenu vivant dans les zones basses.

Dans les couloirs
Selon vous, quelle est la plus grande réalisation du dernier siècle, dans le domaine de la santé publique, et quels sont les plus grands défis de l’avenir?

« Je me concentre sur la santé mentale, et l’une des plus grandes réalisations jusqu’à présent a été l’intérêt pour ce domaine qui a mené à la création de la Commission de la santé mentale. Ce sera aussi notre prochain grand défi, à savoir changer les attitudes de la société envers les personnes atteintes de maladie mentale, comprendre que la santé mentale entre dans un continuum et veiller à fournir de bons soins aux personnes qui en ont besoin. »
- Ottawa

« Même durant les six dernières années, l’une des plus grandes réalisations est qu’aujourd’hui, à chaque manifestation en santé publique à laquelle j’assiste, l’équité et les déterminants sociaux sont à l’avant-scène du programme. Lorsque j’ai débuté, il n’y a pas si longtemps, ce n’était pas le cas. Pour l’avenir, j’espère qu’il y aura plus d’efforts concrets et communs dirigés vers l’équité en matière de santé. »
- Sudbury

Les mythes concernant l’immunisation freinent les progrès de la lutte contre les maladies infectieuses au Canada et dans le monde entier. « Dans mon enfance, les hôpitaux étaient remplis d’enfants atteints de la polio, de la rougeole et de toutes sortes de maladies infectieuses, a dit le docteur Butler‑Jones. Aujourd’hui, cela n’est plus du tout le cas. »

L’industrie du tabac continue de vendre ses produits aux enfants. Lors d’une visite au Vietnam, le docteur Butler-Jones a dit avoir vu des cigarettes à vendre à chaque coin de rue, au prix de 25 cents le paquet.

Les accidents de la route sont encore la principale cause de décès et d’invalidité chez les jeunes au Canada.

La réduction des maladies cardiovasculaires a été « une réalisation remarquable. Pourtant, à cause de l’obésité infantile, les enfants de la présente génération pourraient être les premiers à ne pas vivre aussi longtemps ou aussi bien que leurs parents ».

Les efforts pour améliorer la santé des mères et des enfants doivent continuer d’être axés sur les problèmes de santé évitables et à vie auxquels un grand nombre d’enfants seront confrontés.

De grands progrès ont été faits à l’égard des déterminants sociaux de la santé, mais les écarts ne cessent de s’élargir.

Des politiques universelles ont amélioré les résultats pour la santé des aînés, mais « qu’en est-il des enfants? Il y a encore de nombreuses leçons à apprendre ».

Les milieux de travail sont plus sûrs, mais ils ne sont peut-être pas encore sains. « Dans ces milieux, la toxicité n’est pas toujours causée par des toxines chimiques », a dit le docteur Butler‑Jones.

De même, la planification familiale a permis de réduire le nombre de grossesses non désirées, mais il y a encore des progrès à faire.

 

Salubrité et sécurité alimentaires : de nouvelles approches s’imposent

« La Loi sur les aliments et drogues date des années 1950; elle ne prévoyait pas le commerce mondial qui existe aujourd’hui... »

L’influence du commerce mondial constitue l’un des dossiers les plus pressants aujourd’hui lorsqu’il s’agit de la salubrité et de la sécurité des aliments. Par ailleurs, les agents pathogènes d’origine alimentaire expliquent bien des maladies évitables, des décès et des bouleversements économiques. Comme de nombreux pays de l’hémisphère sud de la planète comptent sur les exportations d’aliments pour préserver leur stabilité économique, les pays consommateurs tels que le Canada ont besoin de lois modernes plus strictes pour régir les importations d’aliments.

« La sur les aliments et droguese des années 1950; elle ne prévoyait pas le commerce mondial qui existe aujourd’hui, a déclaré le conférencier Paul Mayers, de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, pendant la séance de lundi intitulée "de la ferme à la fourchette" ».

Le débat sur la salubrité des aliments ne se limite plus à la protection contre les agents pathogènes d’origine alimentaire et il englobe désormais la nutrition et les choix alimentaires sains, a affirmé l’animatrice de débat Karen Rideout, du Centre national de collaboration de l’hygiène du milieu. De même, il faut ouvrir le concept de sécurité alimentaire pour y inclure un examen de l’influence de la pauvreté sur les choix alimentaires de la population.

La tension entre les mouvements populaires grandissants en faveur des aliments locaux et la nécessité d’une réglementation constitue désormais une préoccupation clé. Ces mouvements peuvent promouvoir certains aspects de la sécurité alimentaire, ce qu’une législation trop restrictive risque d’entraver.

« Comment protéger nos aliments tout en appuyant les mouvements et les organismes de ce genre? », a demandé Mme Rideout.

Wayne Roberts, du Toronto Food Policy Council, a déclaré que le gouvernement doit assumer un rôle dynamisant grâce à la communication et à l’éducation, au lieu de se confiner dans les fonctions de la réglementation.

 

Un élément fondamental de la politique gouvernementale

par l’honorable Marc Lalonde

Au cours des dernières décennies, une des grandes réussites de notre pays en matière de santé publique a été la prise de responsabilité importante des gouvernements, après avoir compris que la santé publique constitue un élément fondamental de la politique gouvernementale. Nous faisons maintenant face à une tâche considérablement plus difficile.

Le défi d’aujourd’hui consiste à mobiliser l’opinion publique en faveur de politiques qui entraînent d’importantes dépenses publiques et qui, par conséquent, ont de profondes répercussions sur le régime d’imposition. Bien que les citoyens appuient souvent les grandes et nouvelles initiatives, les gouvernements démocratiques sont pris dans un dilemme lorsqu’il s’agit de promulguer les lois nécessaires. Les plus importants projets de loi en matière de santé publique ne produisent souvent des résultats qu’à long terme, et leurs effets ne transparaissent que bien après la prochaine élection. Cependant, le public juge les gouvernements en fonction des résultats à court terme. Cela crée une énigme pour les personnes à la recherche d’une culture axée sur une politique gouvernementale plus saine.

Le changement culturel n’est pas quelque chose que les gouvernements peuvent imposer par voie législative, et il ne se produit pas du jour au lendemain. Mais, à une époque où la population est constamment bombardée d’information, il peut être difficile de garder l’actualité d’une question au premier plan assez longtemps pour opérer un changement systémique. Alors que l’attention de la population passe d’une crise à l’autre, ceux qui militent pour la santé publique pourraient avoir beaucoup de mal à faire valoir la nécessité d’une action cohérente, soutenue, coordonnée et à long terme.

Nos réalisations antérieures dans des domaines tels que la vaccination et la lutte contre le tabagisme ont nécessité des efforts soutenus. Il faut aujourd’hui déployer un effort équivalent pour s’assurer que l’action au chapitre de la santé publique est perçue comme étant plus qu’une passade n’exerçant qu’une emprise limitée sur la conscience publique.

L’honorable Marc Lalonde a été ministre de la Santé nationale et du Bien-être social de 1972 à 1977.


 

Une stratégie nationale pour éliminer la violence

Les débats tenus lors de l’assemblée publique annuelle organisée par Prévention de la violence Canada ont mis en évidence la nécessité d’élaborer une stratégie nationale pour éliminer la violence.

« La violence est encore trop répandue à tous les stades de la vie », a affirmé l’administrateur en chef de la santé publique, le docteur David Butler-Jones. Cette violence est largement cachée, mais ses conséquences sont ressenties chaque jour dans la société et débordent largement le cadre de l’application des lois.

Le secteur de la santé publique se doit de réagir à la violence, « parce qu’on peut la prévenir, d’ajouter le docteur Butler-Jones. Il ne faut guère s’étonner qu’un jeune élevé dans la violence à Regina ou à Moose Jaw n’ait aucune illusion quant à son avenir. Le système d’éducation semble parfois déconnecté de la réalité, il n’y a aucun bon modèle adulte dans l’entourage immédiat, le groupe de délinquants locaux est le seul qui s’intéresse au jeune, et ce dernier voit dans la violence l’unique moyen de se faire respecter. Je peux comprendre les choix que font les gens dans ces circonstances. »

Le docteur Butler-Jones a mis de l’avant des stratégies concrètes pour prévenir la violence. Il a rappelé que « la santé publique est moins affaire d’actions ou de programmes mis en œuvre, et plus de l’influence que nous pouvons exercer. »

L’ancienne coprésidente de Prévention de la violence Canada, Shannon Turner, a rappelé que l’assemblée publique de 2009 avait adopté une résolution afin de demander au docteur Butler-Jones de produire un rapport national sur le coût de la violence et sur l’importance de la prévenir. La crise de la grippe A(H1N1) a retardé ce travail, mais « nous reviendrons à la charge sur cette question », a ajouté Mme Turner.

Liz Haugh, présidente de l’Association pour la santé publique de l’Ontario, estime pour sa part que la violence « englobe d’innombrables questions de santé publique et que son importance tient au fait qu’elle est cachée. » La loi ontarienne sur la violence dans les milieux de travail a connu un « modeste succès », et d’autres mesures semblables seront prises par étapes.

Le président de l’ACSP, le docteur Cory Neudorf, a fait état d’efforts déployés à Saskatoon pour que les plans d’action en matière de santé publique accordent plus d’importance à la violence. Avec la collaboration de familles et d’enfants, l’unité régionale des services de santé a étudié diverses stratégies pour accroître la sensibilisation, établir une politique, relier des interventions auprès des familles à des initiatives scolaires en matière de santé et associer la prévention de la violence à la promotion de la santé mentale.

« Il y a bien des façons d’intervenir » à l’échelle locale, a-t-il conclu.

 

Coordonner les communications pour maîtriser les épidémies

Réagir efficacement à une épidémie comme la grippe A(H1N1) exige des communications uniformes entre tous les secteurs du système de soins de santé, et surtout entre les autorités provinciales et régionales en matière de santé et les médecins de famille. En pleine crise, quand les protocoles de traitement peuvent rapidement changer, pouvoir communiquer électroniquement avec des omnipraticiens pourrait grandement aider le public à bien comprendre la nature des soins à recevoir, le cas échéant.

Le débat d’experts sur la collaboration entre les secteurs de la santé publique et des soins primaires pendant la récente épidémie de grippe A(H1N1) a souligné l’importance de préparer et planifier les étapes d’évaluation et de vaccination.

Le docteur Terry-Nan Tannenbaum, de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, a mentionné que les deux secteurs travaillaient de façon trop indépendante avant cette épidémie. « Cette expérience a amélioré les relations. Dans l’ensemble, cela s’est révélé avantageux, malgré toutes les erreurs commises, parce que nous nous connaissons mieux maintenant. »

Une meilleure infrastructure des communications faciliterait également la collecte de données pour mesurer l’efficacité du système. Rappelant que seul le journal The Globe & Mail a présenté des statistiques publiques sur les taux de vaccination contre la grippe A(H1N1) au pays, le docteur Vivek Goel a mentionné que cette tâche essentielle devrait, à juste titre, être accomplie par l’ACSP.

 

Tribune publique : À la croisée de la politique, de la pauvreté et de la santé publique

Le croisement de la politique, de la pauvreté et de la santé publique était le thème de la tribune publique d’hier soir tenue par l’Association pour la santé publique de l’Ontario.

Paulette Senior, modératrice de la tribune et présidente-directrice générale de YWCA Canada, a dit qu’elle est toujours décontenancée lorsque des collègues étrangers lui demandent ce que c’est que de travailler dans un pays riche qui est doté d’un système de soins de santé très vanté et où les niveaux de violence sont relativement faibles. Le YWCA étant le principal fournisseur de services de refuge pour les femmes qui fuient la violence familiale, « il est difficile de percevoir la santé des femmes et la violence dont elles sont victimes autrement que comme une épidémie exigeant une action immédiate ».

« La première solution est de faire intervenir le public en santé publique... »

La docteure Carolyn Bennett, députée de St. Paul et ancienne ministre d’État à la Santé publique, a plaidé en faveur d’une intervention coordonnée à l’égard des déterminants sociaux de la santé. « La première solution est de faire intervenir le public en santé publique, a-t-elle dit. C’est seulement lorsque nous, politiciens, sommes avec des gens comme vous que nous trouvons à nouveau le courage de lutter pour la bonne cause. » La volonté politique est l’un des déterminants de la santé, a-t-elle ajouté, « parce qu’on peut voir la volonté politique augmenter comme par magie » devant un public engagé et renseigné.

France Gélinas, députée provinciale de Nickel Belt, a dit que les politiques gouvernementales et les lois doivent soutenir les travaux de première ligne en matière de santé publique, de déterminants sociaux et d’état de santé. L’Ontario a considéré la pauvreté comme faiblement prioritaire durant sept années de croissance économique record, a-t-elle dit. Mais après le début de la récession, la province a adopté le plan Ontario ouvert sur le monde afin d’encourager l’investissement étranger pour stimuler la croissance économique. « Tout ce qui peut donner une impression négative aux investisseurs est vite abandonné », de telle sorte que les dépenses gouvernementales visant à réduire la pauvreté viennent seulement après coup.

Le docteur David McKeown, médecin-conseil en santé publique de Toronto, a rappelé les efforts déployés il y a un siècle par le docteur Charles Hastings pour faire reconnaître le faible revenu et le logement insalubre comme les deux principaux problèmes de santé publique à Toronto. Parmi les premiers à faire pression par l’entremise des médias, le docteur Hastings a engagé un photographe pour montrer les conditions de vie dans les quartiers à faible revenu du centre-ville—quelques-unes des photos sont en montre cette semaine à l’exposition de la santé publique de l’ACSP. « Lorsqu’on regarde les visages des enfants qui vivent dans ces quartiers pauvres, on voit que la situation du logement s’est améliorée un peu, mais que les disparités entre les pauvres et les riches dans cette ville n’ont pas changé. »

Jessica Yee, fondatrice du réseau santé-sexualité pour la jeunesse autochtone, a encouragé les participants à se mettre au défi et à « susciter le changement » en travaillant avec les collectivités défavorisées pour démanteler la hiérarchie. Les organismes sans but lucratif et communautaires font partie du système, a-t-elle dit, et « il est important de déconstruire la façon dont nous recréons la même situation que nous tentons de changer ».


 

Les associations africaines de santé publique remercient le PRASP

 

« Nous arrivions tout juste à boucler les fins de mois sans le soutien de l’ACSP, mais aujourd’hui nous soutenons d’autres associations de santé publique... »
Quand les associations de santé publique ont pris forme en 1980 et en 1994, en Tanzanie et au Malawi, respectivement, les ressources étaient maigres et l’avenir semblait incertain. Une étape décisive a été franchie quand les associations se sont associées avec le fleuron de l’ACSP dans le domaine de la santé mondiale : le Programme de renforcement des associations de santé publique (PRASP).

À l’occasion du 25e anniversaire du PRASP, des dirigeants de la Tanzanie et du Malawi, deux des 30 pays à établir un partenariat avec le PRASP, ont parlé des difficultés auxquelles ils s’étaient heurtés au moment de former des associations de santé publique en Afrique, et du succès remporté.

Le docteur Wen L. Kilama, ancien président de l’Association tanzanienne de santé publique (ATSP), a déclaré que le PRASP avait « épousé » la cause de l’ATSP et l’avait aidée à l’origine à embaucher du personnel et à trouver des bureaux. L’ATSP a grandi progressivement; elle a mis sur pied cinq sections dans le pays, convoqué des conférences scientifiques annuelles et élaboré une stratégie modèle de relève à la présidence afin de préserver la vigueur de son leadership. En 1997, l’ATSP a accueilli les participants au 8e Congrès de la Fédération mondiale des associations de la santé publique; ce faisant, elle s’est mise en exergue et a trouvé des sources de financement inattendues.

« Nous arrivions tout juste à boucler les fins de mois sans le soutien de l’ACSP, mais aujourd’hui nous soutenons d’autres associations de santé publique », a ajouté le Dr Kilama.

Le docteur Yohane Nyasulu, président de l’Association malawienne de santé publique (AMSP), a déclaré que les visites techniques régulières rendues par l’ACSP et le soutien fourni par l’ATSP permettent à son organisme de subvenir à ses besoins depuis 1994. L’ACSP a aidé l’AMSP à élaborer des plans stratégiques, à mettre des projets sur pied, à présenter des rapports sur ses projets et à rendre des comptes, autant de compétences qui l’ont renforcée. En 2008, avec l’aide financière de l’ACSP, le Malawi a pu s’attaquer aux problèmes de l’hygiène et de l’approvisionnement en eau dans les régions défavorisées. Le projet, étalé sur trois ans, a mis l’AMSP en évidence, fait croître le nombre de ses membres et attiré de nouveaux partenaires.

Le docteur Naresh Singh, de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), a affirmé qu’un bon critère pour mesurer le degré de réussite d’un organisme de santé publique est sa capacité de s’autofinancer longtemps après qu’il a cessé de bénéficier d’une aide financière. À titre de bénéficiaire du PRASP, l’Association tanzanienne de santé publique est un modèle de comportement à cet égard.

Margaret Hilson, ancienne directrice du Secrétariat international de l’ACSP, a dit que les associations de santé publique fournissent un soutien nécessaire aux programmes de vaccination et à d’autres projets gouvernementaux. L’une de leurs grandes réussites est le rôle qu’elles ont joué en ralliant leurs ministères de la Santé respectifs aux programmes mondiaux menés contre le tabagisme par l’Organisation mondiale de la santé. « Grâce à la Fédération mondiale des associations de la santé publique, au partage de données scientifiques et à un objectif commun, nous nous sommes renforcés face à un problème politisé concernant la santé publique », a déclaré Mme Hilson.
 

 

Le Dr Paradis parle des défis de l’avenir

Réduire les inégalités sociales, améliorer la santé et le bien-être des Premières nations et aborder les problèmes de santé internationaux seront les principaux défis des deux prochaines décennies, a mentionné le docteur Gilles Paradis aux participants à la séance plénière de lundi après-midi.

Selon le docteur Paradis, directeur du programme de formation transdisciplinaire de l’Université McGill et rédacteur en chef scientifique de La Revue canadienne de santé publique, la production et l’utilisation de connaissances est l’un des plus importants outils pour résoudre ces problèmes par la voie d’un système de santé publique efficace.

Les professionnels en santé publique sont souvent confrontés à des disparités inacceptables qui vont à contre-courant de la solidarité sociale qui se trouve au cœur de la société canadienne. Cent ans après la création de l’ACSP, le docteur Paradis a dit qu’il est honteux que les Premières nations soient systématiquement défavorisées et négligées par les autorités publiques et qu’elles soient aux prises avec des conditions de vie que d’autres Canadiens n’accepteraient jamais. Cette situation représente une « obligation morale » de soutenir le développement économique, social et culturel des collectivités autochtones et de leur donner les moyens d’accroître leurs propres services sociaux, d’éducation et de santé et de financer leur infrastructure.

 

Dans les couloirs

« Dans l’avenir, les choses vont se brouiller et se confondre d’une frontière à l’autre et entre des nations et des collectivités de plus en plus diversifiées. Nous allons apprendre à combler mutuellement nos besoins, à nous écouter les uns les autres et à nous entraider pour améliorer les résultats en matière de santé. »
- Baltimore

« Parce que je ne travaille pas en santé publique, je dirais que l’une des principales réalisations du secteur a été d’appliquer les meilleures leçons tirées d’autres domaines et disciplines. J’ai été très impressionné par mon initiation. Le défi est de prioriser : c’est un domaine multisectoriel et très vaste, et il y a beaucoup à faire. »
- Toronto

D’autres populations vivent aussi dans des conditions déplorables, surtout dans les centres urbains. Le docteur Paradis a présenté une série de cartes et de tableaux illustrant les écarts d’espérance de vie entre les groupes économiques au Canada : dans l’île de Montréal, l’espérance de vie est de 78 à 79 ans dans l’ouest, tandis qu’elle atteint seulement de 70 à 72 ans dans l’est de l’île, qui est plus défavorisé. Il a ajouté qu’un pays aussi riche que le Canada aurait dû faire un bien meilleur travail pour adopter des systèmes sociaux, économiques et financiers afin de réduire les inégalités en matière de santé.

Entre-temps, la croissance des voyages internationaux, les transferts de population, l’accès instantané à l’information électronique, les changements environnementaux et politiques et les conflits armés ont contribué à l’internationalisation de la santé publique, a souligné le docteur Paradis.

Les grandes disparités en matière de pouvoir d’achat et de PIB se comparent aux énormes écarts dans les défis de santé publique auxquels sont confrontés les pays du Sud et ceux du Nord industrialisé. L’Afrique, l’Asie et l’Amérique du Sud seront les plus durement touchées par les changements climatiques et les transferts de population qui en résulteront. De plus, les pays plus pauvres supportent les plus lourds fardeaux de maladies chroniques et sont « les dépôts des poisons des nations riches du monde, comme le tabac et l’amiante. »

Selon le docteur Paradis, la grippe A(H1N1) est la plus récente preuve qu’il n’y a plus de frontières en santé publique au XXIe siècle. Il a exhorté le secteur de la santé publique à gérer les effets négatifs de la mondialisation tout en créant une solidarité entre les pays du Nord et du Sud.

 

Un sondage sur l’éthique révèle une dérive philosophique

Les conclusions diamétralement opposées tirées par des professionnels de la santé publique et des philosophes de la médecine sur des questions éthiques ont amené un chercheur à conclure que ces professionnels doivent s’intéresser de plus près aux conséquences éthiques de leur travail.

Le docteur Barry Pakes, de l’école de santé publique Dalla Lana de Toronto, a présenté dimanche les résultats d’un sondage qu’il avait mené dans le cadre de sa thèse de doctorat. Dans des services de santé aussi rapprochées que ceux de Toronto et de Peel, « les gens de diverses régions ont répondu différemment aux questions, en dépit de preuves médicales explicites » sur des sujets tel le suivi des relations dans les cas de lutte contre des maladies infectieuses.

Après s’être entretenu avec des praticiens et des philosophes spécialisés en santé publique, le docteur Pakes a conclu que « les gens ont des opinions très hétérogènes sur les éléments fondamentaux de la santé publique, sur les moyens légitimes d’atteindre nos objectifs et sur la question de savoir si nous essayons de réduire la mortalité et la morbidité ou d’améliorer l’équité et la justice. Les gens se réunissent pour débattre des détails des programmes, mais au fond, sans même en être conscients, ils défendent les principes méta-éthiques sous-jacents ».

Quand le docteur Pakes a fait ce sondage à une conférence sur l’éthique en santé publique, « les médecins ont bien répondu aux questions et m’ont fourni des données. Les philosophes ont biffé les questions. C’était là une observation qui m’a profondément troublé. C’est néanmoins une réalité : il faut parfois trancher. Ces philosophes enfermés dans leur tour d’ivoire n’étaient simplement pas prêts à le faire ».

Selon le docteur Pakes, quatre motifs peuvent inciter les représentants du secteur de la santé publique à participer plus directement à une réflexion éthique : le moment s’y prête bien, c’est un devoir professionnel, cela permettrait d’établir un cadre permettant de prendre des décisions vraiment difficiles, et « si nous ne le faisons pas, quelqu’un d’autre qui s’y connaît beaucoup moins bien en santé publique le fera à notre place ».

 

La lutte contre les maladies infectieuses

La séance « Demandez aux experts » de lundi matin, organisée par la Coalition canadienne pour la sensibilisation et la promotion de la vaccination, a porté sur divers enjeux d’actualité en matière de lutte et de vaccination contre les maladies infectieuses.

 

Des recherches sur le terrain définissent les priorités de la lutte contre le tabagisme

D’après un examen récent de la littérature commandé par l’ACSP, les programmes locaux visant à prévenir et à faire cesser le tabagisme ne sont pas hautement prioritaires pour la plupart des unités de santé publique au Canada. En outre, on fait peu d’efforts au niveau local pour réduire au minimum la disponibilité des produits du tabac ou pour s’attaquer à la question de la vulnérabilité des jeunes adultes.

 

« Nous voulons que les praticiens sur le terrain nous disent ce qui est important et ce que notre rôle devrait être, selon eux... »
L’ACSP a lancé un projet national afin de coordonner l’action des services de santé publique contre le tabagisme et elle sollicite à cet égard les conseils des praticiens de la santé publique de première ligne, des décideurs et d’autres dirigeants dans le domaine de la santé. Elle s’adresse aussi aux établissements de formation en santé publique et aux étudiants afin d’éduquer la prochaine génération de praticiens en ce qui touche la lutte contre le tabagisme.

« Nous voulons que les praticiens sur le terrain nous disent ce qui est important et ce que notre rôle devrait être, selon eux », a déclaré Greg Penney, Directeur des programmes nationaux de l’ACSP pendant un atelier qui a précédé la conférence.

D’après les participants à l’atelier, l’ACSP pourrait aider les représentants des unités de santé publique savoir quelles initiatives anti-tabagisme locales fonctionnent bien (et lesquelles ne donnent rien) en dehors de leur propre province ou territoire. En leur qualité de militants pour la lutte contre le tabagisme, ces représentants voient qu’ils sont à même d’infléchir l’opinion publique et, partant, la politique gouvernementale.

Au cours d’une enquête téléphonique récente, des informateurs clés ont énoncé de nombreux rôles possibles pour l’ACSP; celle-ci pourrait, par exemple, mettre sur pied un réseau national des milieux de la santé publique contre le tabagisme et favoriser la transmission de renseignements sur les pratiques exemplaires.

L’ACSP formulera des recommandations à Santé Canada en mars 2011, a déclaré Randi Goddard, coordonnatrice du projet.

 

Il faut examiner de près les inégalités en matière de santé : Fridkin

Au cours du deuxième siècle d’existence des régimes de santé publique au Canada, nous devrons de prime abord chercher à comprendre plus à fond les inégalités en matière de santé, notamment entre les peuples autochtones et le reste de la population canadienne, et nous intéresser davantage aux changements climatiques en tant que cause de crises sanitaires perpétuelles, a affirmé Alycia Fridkin, membre étudiante du conseil de l’ACSP et étudiante au doctorat en études interdisciplinaires à l’Université de la Colombie-Britannique.

« La santé des populations s’est grandement améliorée au cours des dernières décennies, dit-elle. Cependant, en dépit des énormes progrès accomplis, la fourchette des états de santé ne cesse de s’élargir entre le pire et le meilleur. » Alors que certaines maladies infectieuses réapparaissent et que les maladies chroniques suscitent une attention grandissante, « nous devons nous rappeler que ces problèmes de santé ont des effets disproportionnés sur différents groupes de personnes ».

Les inégalités sont particulièrement évidentes « quand on examine l’état de santé des peuples autochtones au Canada », ajoute Mme Fridkin. Elle soutient qu’au cours de la prochaine décennie et au-delà, les organismes de santé publique devront jouer un rôle primordial pour améliorer la santé des peuples autochtones, en collaboration avec les dirigeants autochtones.

Les changements climatiques auront de profonds effets sur la santé humaine dans tous les milieux et au sein de toutes les populations, mais « les personnes qui sont actuellement marginalisées à bien des égards seront les plus touchées », affirme-t-elle. Voilà qui fait de la réduction des inégalités une question de justice sociale et d’équité, et qui fait de l’environnement et de la durabilité des domaines où les professionnels de la santé publique doivent jouer un rôle de tout premier plan.

 

Un vétéran de la santé publique rappelle ses débuts en milieu clinique

La reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale et le début de la guerre du Biafra en 1967 ont constitué la toile de fond du travail de toute une génération de praticiens de la santé publique et internationale. Leurs réalisations des dernières décennies serviront de fondement aux progrès qui sont encore à venir au cours du deuxième siècle d’existence du régime de santé publique.

Le docteur John Owen, Saskatchewanais qui a adhéré à l’ACSP en 1967, compte donc parmi les plus anciens membres de l’Association. Il parle d’une carrière qui l’a mené successivement de fonctions cliniques fondamentales en santé publique, à l’extérieur de Birmingham (Angleterre), à un poste de chargé de cours en médecine préventive et sociale au Nigéria, puis à des affectations dans le Pacifique Sud et aux États-Unis dans le secteur de la santé publique et, enfin, à l’une des premières enquêtes sur l’éducation sanitaire en Saskatchewan.

« Aujourd’hui, les praticiens de la santé publique ne travaillent pas tous régulièrement en milieu clinique, explique-t-il. Ma carrière en santé publique, en Angleterre, était principalement axée sur les soins cliniques, ce qui m’a procuré une expérience dans le domaine des maladies infectieuses, telle la tuberculose, de l’hygiène scolaire, des cliniques de puériculture et de la santé mentale. J’estime que les praticiens en santé publique devraient entretenir de tels rapports enrichissants avec un milieu clinique, en fonction de leur expérience et de leurs intérêts. »


Le petit quotidien est le bulletin officiel de la Conférence du centenaire de l’Association canadienne de santé publique, qui se tiendra du 13 au 16 juin 2010, à Toronto. Les opinions qui y sont exprimées sont celles des personnes et des organisations cités.

Rédactrice en chef : Judy Redpath, ACSP
Articles et production : The Conference Publishers, www.theconferencepublishers.com
Photographie : Bard Azima, LivingFace Photography