Cinq éminents chefs de file en matière de santé publique (de g. à d. : Madeleine Dion Stout et les honorables Roy Romanow, Jake Epp, Monique Bégin et Marc Lalonde) ont rappelé trois décennies de grandes réalisations lors de la plénière inaugurale, dimanche soir.
 

Un groupe d’experts du centenaire rappelle les réalisations en santé publique

Un groupe d’éminents chefs de file en matière de santé publique représentant plus de trois décennies d’activité législative a présenté les principaux jalons de l’élaboration de la politique nationale en matière de santé lors de l’inauguration de la conférence du centenaire de l’Association canadienne de santé publique (ACSP), à Toronto, dimanche soir.

Le président de l’ACSP, le docteur Cory Neudorf, a rappelé le groupe de visionnaires canadiens qui a formé l’Association, en septembre 1910, quand la variole et la fièvre typhoïde proliféraient. L’Association et la santé publique « ont toutes deux progressé de façon remarquable depuis un siècle. Elles ont su définir et refléter l’évolution générale des valeurs et des priorités des canadiens. »

La docteure Margaret Chan, directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a envoyé une vidéo pour souligner le centenaire de l’Association.

 


Le président du Comité du
centenaire, Gerry Dafoe, avait
auparavant dirigé la chorale
des participantspour
célébrer le premier
centenaire de l’ACSP.
« Lors de la fondation de l’OMS, en 1948, les efforts visant à améliorer la santé des canadiens et des canadiennes avaient déjà démontré les effets vitaux et considérables de mesures de santé publique destinées à l’ensemble de la population. » Les défis dans le domaine de la santé publique « que le Canada a su relever avec brio il y a de nombreuses décennies sont maintenant à l’avant-scène des préoccupations des pays en développement. » Dès 1986, la Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé « a donné le coup d’envoi à la production du rapport de la Commission des déterminants sociaux de la santé, » en 2008.

Le président du Comité du centenaire de l’ACSP, M Gerry Dafoe, a rappelé le rôle de chaque membre du groupe d’experts dans l’évolution du dossier de la santé publique au Canada.

À titre de ministre fédéral de la Santé de 1972 à 1977, l’honorable Marc Lalonde a dirigé une refonte majeure du régime canadien de sécurité sociale et reçu des éloges du monde entier à l’égard de l’énoncé de politique publié en 1974 et intitulé Nouvelle perspective de la santé des canadiens. Selon M Dafoe, ce rapport jetait les bases d’un système médical axé sur la prévention et présentait « une vision et un modèle pour la croissance de l’ACSP et la reconnaissance de son leadership dans le domaine de la santé publique. » Ce rapport a été publié lors de la conférence de 1974 de l’Association.

 

Dans les couloirs
Quelle est, selon vous, la principale réalisation en santé publique depuis un siècle, et quels sont les grands défis à relever?

« La diminution du tabagisme au Canada, devant les preuves de témoignages et le partage d’expériences fructueuses, a fortement contribué à prévenir les maladies chroniques au pays. La participation aux processus multisectoriels nécessaires pour influer sur les effets en amont sur la santé de la population est le principal défi à relever. Les gens nous ont dit, avec raison, que les facteurs économiques, le logement, la politique sociale et la cohésion communautaire sont des déterminants importants de la santé. Or, je crois que le secteur de la santé publique n’a rien fait de plus que rappeler ces facteurs et n’a jamais vraiment réussi à influer sur le cours des événements. »
- Winnipeg

« Amener tous les intervenants à se concerter sur divers enjeux, au lieu de rester isolés. Nous devons éliminer ces obstacles. Au chapitre des déterminants sociaux de la santé, on peut très difficilement demander à des professionnels de la santé qui se cantonnent dans leurs domaines de pratique d’être conscients que l’éducation et le logement sont des problèmes clés. Toutefois, cela influe sur le mode de vie et la santé des gens. Nous croyons parfois avoir réussi [au chapitre des déterminants sociaux], mais ce n’est vraiment pas le cas. »
- Ottawa

« L’une des principales réalisations : la lutte contre l’industrie du tabac et certains exemples à suivre à cet égard, notamment les lois contre le tabagisme, les milieux sans fumée et la diminution constante du tabagisme en Amérique du Nord au cours des 40 ou 50 dernières années. Dans l’avenir, je vois des interventions ciblées sur les personnes qui hésitent encore à arrêter de fumer. »
- Thunder Bay

« Nous sommes de plus en plus conscients des problèmes de santé qui affligent les Autochtones et les Inuits du Canada et nous comprenons mieux les inégalités auxquelles ils sont exposés aux chapitres du traitement et de la prévention des maladies chroniques. Ils forment une population vulnérable qui a vécu de grands changements. Ils ont été opprimés pendant des siècles dans leur propre pays. La présente conférence montre que le reste du pays se soucie d’eux, même si nous ne sommes pas d’origine autochtone. »
- Hamilton

« Personne ne parle d’agir contre la violence, l’exploitation ou l’occupation. Voir autant de mal à une époque où nous pouvons tant accomplir est décevant. Quelqu’un a dit que nous vivons à l’ère des ténèbres. L’Afghanistan a été envahi officiellement pour lutter contre des ennemis, mais surtout, à mon avis, pour faciliter la construction d’un oléoduc. L’occupation de l’Irak par les Américains semble avoir causé plus de morts que le régime de Saddam Hussein. Pourtant, je n’ai vu personne accourir au Soudan, où le conflit actuel a causé plus de 10 000 pertes de vies par million d’habitants. La santé publique devrait recueillir des témoignages sur les incidences de la prise de contrôle des ressources naturelles, ce qui a de graves effets sur la santé. Mais ce travail peut être très dangereux… »
- Intérieur de la Colombie-Britannique

L’honorable Monique Bégin, qui a été ministre de la Santé de 1977 à 1984, a piloté l’adoption et la mise en œuvre de la Loi canadienne sur la santé. Lors de la conférence de 1983 de l’ACSP, « nous avons pu lui remettre une déclaration de soutien qui avait été rédigée le matin même », s’est souvenu M Dafoe.

Le mandat de l’honorable Jake Epp au ministère de la Santé, de 1984 à 1989, a été marqué par l’adoption de la Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé et par la participation active de l’Association à la mise en œuvre de la Charte et son rôle dans l’établissement de la première campagne nationale de sensibilisation de la population canadienne au VIH/sida. M Dafoe a souligné le « soutien indéfectible » de M Epp à la conception de messages portant sur la santé en matière de sexualité, entre autres une campagne télévisée à l’intention des adolescents.

À titre de premier ministre de la Saskatchewan de 1991 à 2001, l’honorable Roy Romanow a proposé un système de santé régional et mis en œuvre le premier programme de prestations pour enfants au Canada. Il a ensuite présidé la Commission sur l’avenir des soins de santé au Canada.

Madame Madeleine Dion Stout a fait état des problèmes de santé des Premières nations, des Inuits et des Métis à titre de présidente de l’Association des infirmières et infirmiers autochtones du Canada. M Dafoe a souligné le leadership de Mme Dion Stout au sein du Forum national sur la santé et de la Commission de la santé mentale du Canada, son appui ferme à l’ACSP et sa participation à divers comités qui traitent du recrutement de professionnels de la santé autochtones.

 

Une coalition composite

par l’honorable Monique Bégin

Nous avons encore un bon bout de chemin à parcourir pour honorer la promesse que nombre d’entre nous avons entrevue au cours du premier siècle d’existence du régime de santé publique au Canada. Il faudra une coalition composite de professionnels et de partenaires de la collectivité pour accomplir la tâche.

Nous avons fait des progrès extraordinaires au chapitre de l’hygiène et du logement, de la fluoration de l’eau, de l’immunisation et de l’enraiement des maladies infectieuses. La mortalité infantile a chuté partout dans le monde et le nombre de mères qui meurent pendant la grossesse et l’accouchement a diminué lui aussi, bien que les besoins sur ce plan demeurent aigus dans nos collectivités autochtones. En outre, le Canada a considérablement réduit la consommation de tabac au sein de sa population.

Il reste cependant encore beaucoup à faire. Pour le Canada, le défi consiste à réorienter et à réorganiser la prestation des services de santé par l’entremise des hôpitaux et à l’orienter vers un modèle intégré, fondé sur les soins primaires. Chaque canadienne et canadien doit avoir accès à un ensemble de services de santé, au sens large, qui intègre à la fois la prévention et la promotion de la santé.

Il faut veiller à répondre aux besoins en services publics dans le contexte politique néoconservateur qui persiste, et c’est dans ce contexte qu’une coalition composite devient essentielle. La santé publique bénéficiera des fonds et de l’attention nécessaires quand le personnel enseignant et les travailleurs sociaux, les associations de personnes âgées et les organismes féminins, de même que les groupes de gens d’affaires et les syndicats, s’allieront aux professionnels de la santé publique pour exiger une intervention à l’égard des déterminants socioéconomiques qui influent sur la santé de tous les canadiens et de toutes les canadiennes.

Ce type de changement social s’opère toujours à partir de la base. J’ai vu à l’œuvre la puissance de la société civile et je sais que la collectivité est organisée et dynamique.

L’honorable Monique Bégin a été ministre de la Santé nationale et du Bien-être social du Canada de 1977 à 1979 et de 1980 à 1984.

 

Élaboration de stratégies sur les déterminants sociaux de la santé

Les intervenants en santé publique supposent parfois que « si les gens n’écoutent pas, c’est leur faute », même s’il « est inacceptable dans notre milieu » de blâmer la victime, a déclaré une communicatrice expérimentée lors d’une table de réunion pendant une session sur la création de programmes d’action efficaces sur les déterminants sociaux de la santé.

« Nous avons accepté l’échec et l’avons rationalisé », a déclaré cette participante, « au lieu de comprendre que nous n’avons pas communiqué efficacement les points importants à écouter ». Pendant la session, divers groupes ont discuté des thèmes suivants :

  • Comment identifier les questions d’équité en matière de santé, par exemple, comment l’inégalité des résultats pour la santé touche différents quartiers et populations.
  • Comment mobiliser différents partenaires sur les questions d’équité en matière de santé.
  • L’innovation apportée au niveau local par la collaboration intersectorielle efficace.
  • Comment incorporer l’action et la collaboration intersectorielles dans les interventions en santé publique visant le logement, la littératie en santé, la sécurité alimentaire et d’autres déterminants sociaux de la santé.
  • Les mesures que les instances supérieures peuvent prendre pour faciliter et encourager l’action intersectorielle.
  • Comment concrétiser les statistiques sur l’inégalité en matière de santé et les complexités des déterminants sociaux en questions encourageant l’action publique et communautaire.
     

Le retour des punaises : un « très sale problème »

Lors d’une réunion en petits groupes dimanche matin,  le docteur Tom Kosatsky, du Centre de collaboration nationale en santé environnementale, a mentionné que les punaises ont fait leur réapparition au cours des dernières années et qu’elles représentent « un très sale problème causant beaucoup de morbidité et de marginalisation. »

On trouve les punaises dans des endroits à haute densité et à roulement élevé, comme les immeubles d’habitation et les hôtels. Taz Stuart, entomologiste à Santé publique de Winnipeg, a mentionné qu’elles apparaissent également dans des endroits inattendus, comme les hôpitaux, les théâtres, les autobus et même les claviers d’ordinateur et les dos de livres. Leurs piqures causent des démangeaisons et leur présence, un stigmate social.

La prévalence des punaises fluctue depuis le début des années 1900. M Stuart attribue la croissance récente au retrait de plusieurs produits de contrôle chimique, notamment les organophosphates. Il a cité plusieurs facteurs faisant du contrôle des punaises un défi. Elles sont souvent difficiles à trouver, peuvent facilement déceler et éviter plusieurs produits chimiques, sont aisément réintroduites et se propagent après un traitement. Les adultes peuvent vivre plus d’un an sans se nourrir et ils commencent à résister aux insecticides.

Les ventes d’articles d’occasion sont un mode commun de transfert et les voyageurs en rapportent souvent à la maison. Dans une étude, une importante entreprise américaine de contrôle antiparasitaire a indiqué que 24 % des 700 chambres d’hôtel avaient des infestations actives. Dans 19,7 % de ces cas, les infestations s’étaient propagées à au moins une autre chambre.

La prévalence des punaises inquiète le personnel offrant des soins à domiciles qui ne désirent vraiment pas les rapporter à la maison.  M Stuart recommande aux médecins de rencontrer les clients à l’extérieur des zones infestées connues et d’éviter d’apporter des sacs, des sacs à main ou des manteaux là où les punaises sont présentes.

 
Les canadiennes et les canadiens vivent 30 ans de plus aujourd’hui qu’il y a 100 ans et 25 de ces années sont attribuables aux progrès accomplis dans le domaine de la santé publique. L’Exposition célèbre les 12 grandes réalisations de la profession au cours du dernier siècle et les praticiens, souvent anonymes, qui leur ont permis de voir le jour. L’Exposition mettra en exergue « les changements très profonds que le régime de santé publique a opérés dans la société canadienne », de dire la directrice du centenaire de l’ACSP, Sylvia Fanjoy. L’Exposition fait d’abord voir les conditions qui existaient dans les taudis du début du XXe siècle, puis elle illustre les décennies de lutte contre la mortalité infantile et les maladies contagieuses ainsi que les réalisations marquantes comme les campagnes visant à lutter contre le tabagisme et à améliorer la nutrition ainsi qu’à mettre l’accent sur l’exercice et la vie active. On peut visiter aujourd’hui et demain l’Expo, qui souligne le centenaire de l’ACSP, au niveau Lower Concourse.
 

Les résidus chimiques et la qualité de l’eau

Anne Rochon Ford, codirectrice du Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu

L’eau souterraine et l’eau potable contiennent une gamme étonnante de produits pharmaceutiques et d’hygiène, ce qui suscite des préoccupations au sujet des leurs effets sur la santé et leur interaction avec les produits d’épuration tels que le chlore.

Anne Rochon Ford, codirectrice du Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu, a déclaré que des recherches récentes établissent un lien entre l’exposition chronique de faible intensité à ces résidus chimiques et des effets nocifs sur la santé. Les produits pharmaceutiques entrent dans les réseaux d’alimentation en eau quand les consommateurs les excrètent ou jettent les médicaments non utilisés dans la toilette; l’agriculture, l’aquaculture, les effluents hospitaliers et les usines de fabrication contribuent aussi à ce phénomène. Les produits d’hygiène entrent dans les eaux usées quand les personnes se lavent ou font la lessive.

Mme Rochon Ford a cité des études de cas canadiennes concernant la présence de plomb, de nitrate, de trichloroéthylène (TCE) et de tritium dans l’eau. Les personnes qui vivent en aval d’une raffinerie ou près des sables bitumineux en Alberta « risquent d’être touchées de façons différentes », a-t-elle déclaré. Les réseaux urbains d’alimentation en eau peuvent contenir du plomb issu de vieilles canalisations d’eau ou des concentrations plus élevées de médicaments et de produits d’hygiène. Les puits ruraux peuvent avoir été contaminés par le lessivage des terres cultivées ou des contaminants industriels.

« Les effets toxiques peuvent être cumulatifs, et les problèmes de santé peuvent commencer à se manifester seulement après une exposition prolongée aux résidus », a-t-elle affirmé. Les fœtus, les nouveau-nés, les bébés et les enfants pubères sont les plus vulnérables.

Mme Rochon Ford a mentionné que les lignes directrices sur l’eau potable sont fondées sur la physiologie d’un homme adulte, tout comme les essais cliniques pharmaceutiques ont typiquement été fondés « sur des hommes d’un certain âge ». Par conséquent, « nous ne connaissons pas les données comparables pour les femmes ». Ces lacunes rendent ces dernières vulnérables, vu leurs différences biologiques par rapport aux hommes et les rôles culturels qui leur sont souvent attribués en raison de leur sexe.

 

Mise à jour du programme

Félicitations à Sara Torres, étudiante à l’Université d’Ottawa, qui a gagné trois nuits gratuites à l’hôtel durant la conférence!


Le petit quotidien est le bulletin officiel de la Conférence du centenaire de l’Association canadienne de santé publique, qui se tiendra du 13 au 16 juin 2010, à Toronto. Les opinions qui y sont exprimées sont celles des personnes et des organisations cités.

Rédactrice en chef : Judy Redpath, ACSP
Articles et production : The Conference Publishers, www.theconferencepublishers.com
Photographie : Bard Azima, LivingFace Photography