Les questions scientifiques que soulève la Xénotransplantation



[Source : Santé Canada, Programme des produits thérapeutiques, décembre 2000]
 

1.   Qu’est-ce que la xénotransplantation?

Xéno signifie « étranger ». Le terme xénotransplantation (qui se prononce gzénotransplantation) sert à décrire une transplantation entre deux espèces d’animaux1, ce qui comprend les humains.

Lorsqu’on parle de xénotransplantation, on fait le plus souvent allusion à une procédure qui consiste à transplanter ou à greffer dans un patient humain un organe (comme un rein ou un foie) ou des cellules vivantes (par exemple, des cellules cérébrales) provenant d’un animal sain. On appelle le matériel transplanté ou greffé un xénotransplant ou une xénogreffe.

Quand on n’utilise que des cellules, on qualifie souvent le matériel de xénotransplant cellulaire ou xénogreffe cellulaire.

En plus, certains types de xénotransplants n’en sont pas du tout, parce que l’organe ou les cellules de l’animal demeurent à l’extérieur du corps du patient. On les appelle des xénotransplants extracorporels (ou à l’extérieur du corps).

Quels animaux serviront de source de xénotransplants?

Les animaux qui ressemblent le plus aux humains du point de vue biologique sont les primates non humains, comme les chimpanzés, les babouins et les singes. Les xénotransplants provenant de ces animaux fonctionneraient probablement mieux et seraient plus facilement tolérés par le système immunitaire des patients qui les reçoivent. Toutefois, l’utilisation d’organes de primates non humains pourrait présenter des risques importants pour la santé. La possibilité qu’ils transmettent des maladies infectieuses aux humains en est un. En plus, l’utilisation de primates non humains soulève un certain nombre de questions d’éthique.

La plupart des personnes qui font des recherches sur la xénotransplantation pensent que les porcs sont probablement le meilleur choix d’animaux donneurs. Cet avis se fonde sur plusieurs facteurs :

  1. Il est possible d’élever des porcs dans des conditions très contrôlées afin que leurs organes soient moins susceptibles de transmettre des maladies infectieuses aux humains.
  2. Les organes de porcs ont à peu près la même taille que ceux des humains.
  3. On peut faire l’élevage de porcs (ainsi que d’autres animaux) dans lesquels des gènes humains ont été introduits. Les cellules de ces animaux sont alors plus facilement tolérées par le système immunitaire du patient. Les porcs génétiquement modifiés portent le nom de « porcs transgéniques ».
  4. Lorsqu’on élève les porcs en milieu conditionné, on peut réduire au minimum leur exposition aux micro-organismes et satisfaire leur besoin d’interaction sociale.

L’utilisation des porcs à cette fin soulève plusieurs questions d’éthique dont traitera le livret intitulé Les questions éthiques et sociales que soulève la xénotransplantation.


2.   Quels types de maladie pourrait-on traiter par la xénotransplantation?

Toute maladie qu’on traite au moyen de transplants humains pourrait éventuellement être traitée par la xénotransplantation. Les candidats les plus probables pour une xénotransplantation dans un proche avenir sont les personnes ayant de graves maladies du rein, du foie ou du cœur, le diabète ou la maladie de Parkinson. Les personnes qui ont besoin d’une transplantation de moelle osseuse pourraient aussi être des candidats pour ce type de greffe.

Quelles maladies pourrait-on traiter au moyen de xénotransplants cellulaires?

Les xénotransplants cellulaires pourraient servir à traiter les personnes ayant le diabète, la maladie de Parkinson ou certaines autres maladies. Le traitement consisterait à remplacer des cellules ou des tissus spécifiques qui ne fonctionnent pas convenablement en raison de la maladie. Dans le cas du diabète, il s’agit des cellules sécrétrices d’insuline dans le pancréas, et pour une personne atteinte de la maladie de Parkinson, de certaines cellules du cerveau. Dans les deux cas, les cellules nécessaires à la transplantation sont difficiles à obtenir de donneurs humains.

Quelles maladies pourrait-on traiter au moyen de xénotransplants extracorporels?

Les personnes souffrant d’insuffisance hépatique pourraient être traitées au moyen d’une xénogreffe extracorporelle (à l’extérieur du corps) qui serait un foie de porc sain. Pendant une courte période, on ferait circuler le sang du patient à travers un foie de porc à l’extérieur du corps du patient. Dans certains cas, cela pourrait suffire pour donner au foie du patient le temps de se régénérer et de recommencer à fonctionner. Dans d’autres cas, il se peut que le foie de la personne ne se régénère pas, mais l’équipe chargée de la transplantation aurait plus de temps pour essayer de trouver un foie humain compatible. On appelle parfois cette procédure à court terme une transplantation par création d’un pont. Dans l’un et l’autre cas, le foie de porc extracorporel ne serait utilisé que temporairement.

D’autres traitements extracorporels par xénotransplantation pourraient également être appliqués en n’utilisant qu’une petite quantité de cellules animales vivantes. Par exemple, les cellules animales pourraient être incluses dans un dispositif spécialisé, comme un système de filtration. Lorsque le sang d’un patient souffrant d’insuffisance hépatique est pompé à travers ce système de filtration, les cellules du foie animal peuvent remplir les fonctions du foie du patient, du moins pendant un court moment.

Est-ce qu’une xénogreffe serait permanente?

Pas toujours. Bien que les organes soient généralement transplantés dans le but de remplacer de façon permanente ceux des receveurs, certains types de cellules greffées pourraient devoir être remplacées régulièrement afin de bien fonctionner et de demeurer vivantes. En plus, certains types de xénogreffes ne sont pas de véritables greffes puisque l’organe ou les cellules de l’animal demeurent à l’extérieur du corps du patient et ne servent qu’à court terme, souvent dans l’attente d’une transplantation (voir l’expression transplantation par création d’un pont dans le glossaire).


3.   Comment se déroulent les recherches scientifiques sur la xénotransplantation?

La recherche sur la xénotransplantation suit les mêmes étapes que la recherche sur tout autre traitement visant à guérir les humains d’une maladie. Pendant une première étape, on fait des études en laboratoire et(ou) en utilisant des animaux. Les études de ce genre s’appellent les essais précliniques. On n’a pas recours aux patients humains pour faire ces essais.

Beaucoup d’études sur la xénogreffe ont été effectuées en utilisant des animaux de laboratoire. En plus d’avoir permis aux scientifiques de mieux comprendre dans quelle mesure la xénogreffe fonctionne ou non, ces études ont aidé les chercheurs à comprendre comment rendre la xénotransplantation plus sûre pour le traitement des patients et comment obtenir un meilleur taux de réussite.

Lorsque les essais précliniques montrent que le traitement est sûr et efficace pour les animaux, le nouveau traitement ou produit thérapeutique est mis à l’essai sur des patients dans des conditions rigoureusement contrôlées. C’est ce qu’on appelle un essai clinique ou une étude clinique. Habituellement, seul un petit nombre de patients participent aux essais. Ces patients offrent de participer à la recherche et donnent leur consentement uniquement après qu’on leur a expliqué pleinement les risques et les bienfaits possibles de l’essai. Au Canada et dans beaucoup d’autres pays, les études cliniques doivent être approuvées par un organisme de réglementation qui est habituellement un ministère de la santé ou un organisme gouvernemental connexe.

Au Canada, Santé Canada réglemente les essais cliniques dans le domaine de la xénogreffe. En mars 2000, aucun essai clinique n’avait été approuvé par Santé Canada.


4.   Est-ce que la xénotransplantation est sûre?

Les préoccupations concernant la xénotransplantation sont liées aux risques qu’elles représentent pour les patients et pour les personnes qui ont des contacts directs avec les receveurs de xénotransplants. Ce dernier groupe de personnes à risque est souvent appelé les tiers. En ce moment, on ne peut pas répondre avec certitude à un grand nombre de questions concernant la sécurité de la procédure. Et ces questions sont nombreuses, comme vous le verrez ci-dessous :

Quels sont les risques pour le receveur d’une xénogreffe?

Il y a trois principaux risques :

  • la possibilité qu’une maladie animale soit transmise au patient par l’intermédiaire de la xénogreffe;
  • la possibilité que la xénogreffe ne fonctionne pas bien, notamment si elle remplace un organe vital; et
  • la possibilité que des niveaux élevés de médicaments immunosuppresseurs soient nécessaires pour éviter le rejet, ce qui rendrait le patient vulnérable aux maladies infectieuses plus fréquentes ou au cancer.

Quels types de micro-organismes pourrait-on trouver dans les organes ou cellules d’animaux?

Comme les humains, les animaux peuvent être infectés par des micro-organismes ou des agents contagieux qui existent dans le milieu où ils vivent.

Dans certains cas, ces micro-organismes sont spécifiques d’espèces, ce qui signifie qu’elles ne peuvent infecter qu’un seul type d’animal. Un exemple de ce type de micro-organisme est le virus responsable des gastro-entérites transmissibles des porcs. Il provoque de graves diarrhées chez les porcs, mais il n’a aucun effet sur les humains.

D’autres types de micro-organismes ne sont pas spécifiques d’espèces. Certains d’entre eux peuvent infecter des animaux et causer des maladies chez les humains dans des conditions normales. On les appelle des infections zoonotiques ou des zoonoses.

Un autre exemple bien connu d’une zoonose est la grippe de type A. Le virus de la grippe infecte d’abord les oiseaux et les porcs. Il ne rend pas ces animaux malades, mais il est transmis aux personnes qui entrent en contact avec eux. Lorsqu’une personne attrape la grippe, le virus peut facilement être transmis à d’autres humains.

On appelle xénozoonoses les maladies zoonotiques qui peuvent être transmises à un patient recevant une xénogreffe.

Beaucoup de types de mammifères, y compris les humains, ont un type de virus dans leurs cellules qu’on appelle des « rétrovirus endogènes ». Ces virus sont intégrés dans leur ADN et sont transmis d’une génération à l’autre, habituellement sans faire de mal à l’espèce-hôte. On sait que toutes les cellules de porcs contiennent des virus de ce genre qu’on appelle des PERV (rétro virus porcins endogènes). Ces virus font partie des cellules porcines depuis des milliers d’années. Ils ne sont PAS actifs et sont habituellement sans danger pour les porcs.

Bien que les scientifiques connaissent de nombreux micro-organismes animaux, ils continuent d’en découvrir des nouveaux. Pendant les dernières années, au moins quatre nouveaux virus porcins ont été décelés pour la première fois. Au moins un d’entre eux, le virus Nipah, a rendu des gens malades. Il se peut qu’on découvre dans l’avenir de nouveaux micro-organismes animaux. Il est impossible de prédire si ces virus pourraient ou non rendre les humains malades.

Est-ce que des micro-organismes présents dans une xénogreffe pourraient être transmis à un patient receveur?

Une des questions relatives à la xénotransplantation concerne la mesure dans laquelle les procédures pourraient donner l’occasion aux micro-organismes des animaux de passer d’une espèce à une autre, par exemple, des porcs aux humains. En greffant des cellules animales vivantes qui entrent directement en contact avec le sang et le système immunitaire déprimé d’un patient, on court-circuite quelques-unes des barrières naturelles à l’infection.

Une préoccupation particulière concerne la possibilité que des PERV qui pourraient être présents dans une xénogreffe porcine deviennent actifs et infectent les cellules humaines qui entourent le greffon. Est-ce qu’une infection par un PERV pourrait rendre un humain malade? À l’heure actuelle, on dispose de très peu d’information scientifique pour répondre à ces questions. Des essais sur des animaux réalisés dans le cadre d’une récente étude préliminaire donnent à penser qu’il se pourrait que des PERV aient été transmis à des cobayes ayant reçu une injection de PERV purifiés. On a aussi montré qu’en laboratoire, les PERV peuvent être transmis aux cellules humaines et se réactiver. On ne sait pas avec certitude si cela pourrait se produire dans les personnes exposées aux PERV par les xénogreffes.

Est-ce que les patients recevant une xénogreffe seraient plus susceptibles d’attraper une maladie animale que les gens qui travaillent normalement avec les animaux?

Les gens vivent et travaillent en contact direct avec les animaux depuis des siècles. Les agriculteurs, les vétérinaires, les travailleurs en soins animaux et les employés d’abattoirs entrent régulièrement en contact non seulement avec des animaux sains, mais aussi avec des animaux malades ou morts et avec le sang et les organes d’animaux. Rien n’indique que les personnes travaillant dans ces domaines attrapent plus de maladies infectieuses que le reste de la population.

Une étude récente des personnes travaillant avec des primates non humains (comme les singes, les babouins et les chimpanzés) a révélé que les résultats d’analyses visant à déterminer si elles avaient été infectées par des virus de ces animaux étaient positifs pour quelques-unes d’entre elles, habituellement celles qui avaient été mordues par un de ces animaux ou qui s’étaient coupées avec une éprouvette brisée contenant le sang d’un animal. Les virus animaux n’avaient rendu aucune de ces personnes malades, même si les accidents s’étaient produits de nombreuses années auparavant. Dans d’autres cas, des personnes sont devenues malades et(ou) sont décédées après avoir été infectées par des virus provenant de primates non humains.

Est-ce que les scientifiques savent si des xénozoonoses sont susceptibles d’apparaître?

Non. Les scientifiques ne savent pas si un patient qui reçoit une xénogreffe contractera une infection xénozoonotique, ni à quel point une telle infection pourrait être grave.

Un document scientifique pertinent a été publié en août 1999 [Science 285 :1236-1241, 1999]. Dans le cadre de l’étude, les scientifiques ont analysé des échantillons de sang de 160 patients qui avaient été traités au moyen de xénogreffes porcines vivantes d’un type quelconque pendant les douze années précédentes. Plus de cent des patients avaient été exposés à des tissus porcins dans le cadre de traitements extracorporels, utilisant pour la plupart des rates de porcs (un traitement très répandu dans certaines parties de l’Europe de l’Est). D’autres avaient été exposés à des greffes de peau porcine ou leur sang avait circulé dans un dispositif médical contenant des cellules de foie de porc.

Les auteurs de l’étude ont tiré les conclusions suivantes de leurs données :

  1. Rien n’indiquait que l’un ou l’autre des patients avait été infecté à long terme par des PERV.
  2. Quatre patients avaient produit des anticorps contre les protéines PERV. Cela semblait indiquer que des PERV avaient été actifs dans ces patients, du moins pendant une courte période. Mais en poursuivant leur étude, les scientifiques ont émis des doutes sur cette conclusion.
  3. Environ 14 % des échantillons indiquaient que les cellules porcines, de même que les PERV dans ces cellules, pouvaient demeurer dans le corps des patients longtemps après la fin de leur traitement.
  4. Seuls quatre patients avaient eu des symptômes inexpliqués après leur traitement, c’est-à-dire des éruptions cutanées ou une fièvre pendant plusieurs jours. Il n’y avait aucune trace d’infection par des PERV dans ces quatre patients.

Peut-on prévenir les xénozoonoses?

Un grand nombre des micro-organismes qui infectent les animaux sont bien connus et les animaux élevés pour devenir des sources d’organes pour la xénotransplantation le seraient dans le respect de normes très élevées de propreté. La plupart des micro-organismes pourraient être éliminés du troupeau de porcs de façon à ce que seuls les animaux reconnus comme étant libres de ces micro-organismes seraient utilisés comme sources de xénogreffes.

Par contre, comme nous l’avons déjà indiqué dans ce document, on découvre constamment de nouvelles maladies animales. Il est impossible de prévoir si ces maladies pourraient rendre les humains malades.

Bien qu’il soit improbable qu’on puisse élever des porcs de façon à ce que leurs cellules ne contiennent plus aucun PERV, il se peut qu’on puisse, dans l’avenir, mettre au point des vaccins qui protégeront les humains des infections causées par les PERV et d’autres xénozoonoses possibles. En plus, si de telles maladies voyaient le jour, on pourrait mettre au point des thérapies recourant aux médicaments antiviraux pour les traiter.

Quels sont les risques pour les personnes qui sont en contact avec des receveurs de xénogreffes ainsi que pour le grand public?

Si un receveur d’une xénogreffe était infecté par un PERV ou d’autres xénozoonoses, il n’aurait pas nécessairement des symptômes évidents. Cependant, quoi qu’il en soit, cette infection pourrait-elle être transmise à d’autres personnes avec qui il aurait des rapports intimes ou des rapports quotidiens normaux? On qualifie souvent ce scénario de risque pour les tiers, puisqu’il fait allusion à la possibilité que le micro-organisme nuise non seulement aux personnes qui reçoivent directement une xénogreffe, mais aussi à leur famille et amis et à d’autres membres de la collectivité.

Comme on ne comprend pas parfaitement toutes les questions scientifiques qui ont trait à la sécurité de la xénotransplantation, certaines personnes font valoir qu’il y a encore trop d’inconnues pour qu’on fasse l’essai de ces procédures; elles croient que la prudence est préférable et qu’il vaut mieux attendre de disposer de plus d’information tirée d’études précliniques auxquelles ne participeraient pas des patients humains. D’autres prétendent que ce n’est qu’au moyen d’essais cliniques rigoureux avec des petits nombres de patients que nous obtiendrons les données scientifiques nécessaires pour évaluer les enjeux avec plus de précision. Ces deux points de vue ont tous les deux leurs tenants parmi les scientifiques bien informés, les médecins, les spécialistes et divers intervenants.


5.   Quel est l’historique de la xénotransplantation chez les humains?

Il y aurait eu plusieurs tentatives de greffes d’organes animaux sur des mourants depuis 1900. Les premiers efforts n’ont pas connu beaucoup de succès, mais pendant les années 1960, après qu’on eut réalisé avec succès des transplantations de cœurs humains, on a commencé à s’intéresser plus sérieusement à la xénotransplantation. La plupart des organes qu’on a tenté de greffer étaient des reins, habituellement obtenus de babouins ou de chimpanzés. Quelques patients ont vécu jusqu’à neuf mois après leur opération, mais la plupart n’ont pas survécu plus de quelques jours ou semaines. En 1984, il y a eu le cas largement médiatisé de « bébé Fae », une nouveau-née qui a reçu le cœur d’un babouin et qui est décédée vingt jours plus tard. Toutes ces xénotransplantations ont fini par échouer parce que le système immunitaire du receveur a rejeté l’organe greffé.

Au début des années 1990, des médicaments plus puissants pour éviter le rejet d’un organe humain par le système immunitaire du receveur ont été mis au point. Ces médicaments ont ranimé l’espoir que les xénotransplantations connaissent elles aussi plus de succès. Plusieurs patients ont reçu un cœur ou un foie d’animal, mais ils n’ont pas survécu plus de trois mois. En 1995, un patient aux États-Unis a reçu de la moelle épinière d’un babouin. Bien que la moelle du babouin ait été rejetée par le corps du patient, ce dernier est toujours vivant et ne semble souffrir d’aucun effet secondaire attribuable à la greffe de moelle épinière de babouin.

Pendant les dernières années, les scientifiques ont obtenu des résultats encourageants dans le domaine des xénotransplantations cellulaires. En Suède, dix diabétiques ont reçu des cellules provenant du pancréas de porcs. Les scientifiques voulaient déterminer si les nouvelles cellules produiraient de l’insuline. Aucune des cellules porcines n’a produit de l’insuline à long terme et la xénogreffe de ces cellules n’a rendu aucun patient malade. À l’heure actuelle, on procède aux États-Unis à un essai clinique qui consiste à transplanter des cellules spécifiques de cerveaux de fœtus de porcs sur des patients ayant la maladie de Parkinson. Les premiers résultats indiquent une amélioration de l’état de certains patients.

Les traitements par xénotransplantation extracorporelle sont également prometteurs. Un certain nombre de centres ont indiqué avoir pompé le sang d’un patient à travers un foie de porc extracorporel dans des cas où le malade risquait de décéder par suite d’une insuffisance hépatique. Cette procédure était considérée comme une transplantation « provisoire ». Dans d’autres cas, on a relié un patient à un « foie artificiel », un dispositif médical qui contient des cellules hépatiques porcines à l’intérieur d’une membrane spéciale et d’un système de filtration. Cette procédure a été utilisée pour remplacer le foie, mais seulement pendant une très courte période.

N’a-t-on pas déjà utilisé des valvules cardiaques de porcs pour traiter les humains?

Oui. On utilise les valvules cardiaques de porcs depuis de nombreuses années pour traiter les patients ayant un cœur malade. On ne considère pas normalement les valvules cardiaques porcines comme des xénogreffes, parce que les valvules sont traitées au moyen de produits chimiques spéciaux qui tuent les cellules et détruisent tout micro-organisme possible. Ces valvules porcines ne semblent pas présenter les mêmes risques pour la santé que les cellules porcines vivantes.


6.   Quelles difficultés scientifiques devra-t-on surmonter avant que la xénotransplantation réussisse chez les humains?

Le principal obstacle scientifique à la xénotransplantation réussie est le rejet. C’est également un facteur important dans la transplantation d’organes humains.

Qu’est-ce que le rejet?

Notre système immunitaire nous protège de tout ce qui est étranger à un corps sain ou qui n’en fait pas normalement partie. Les risques les plus courants pour notre santé sont les germes, comme les virus ou les bactéries qui nous entourent. Lorsqu’une substance étrangère de quelque genre que ce soit pénètre dans notre corps, notre système immunitaire réagit rapidement en produisant des anticorps ainsi que des globules blancs spécialisés qui les détruisent.

Que se passe-t-il lorsqu’il y a rejet d’un organe humain?

Sauf dans le cas des jumeaux identiques, les cellules de chaque personne sont légèrement différentes de celles de toutes les autres personnes. C’est la raison pour laquelle on fait des tests pour trouver un donneur d’organe dont les cellules sont compatibles avec celles de la personne ayant besoin de la transplantation. Mais il est très rare qu’on trouve un donneur parfaitement compatible. La plupart du temps, le patient reçoit un organe dont les cellules ne ressemblent que le plus possible aux siennes dans les circonstances. Par conséquent, le système immunitaire du patient reconnaît les cellules de l’organe comme étant légèrement différentes des siennes et essaie de détruire ces cellules, comme s’il s’agissait de bactéries ou de virus étrangers. Si le système immunitaire du patient réussit, alors une partie tellement grande du nouvel organe est endommagée ou détruite qu’il ne fonctionne plus convenablement et qu’on considère qu’il a été rejeté par le patient.

Est-il possible d’éviter le rejet dans le cas des transplantations d’organes humains?

La mise au point de nouveaux médicaments immunosuppresseurs est une des raisons pour lesquelles les transplantations d’organes humains connaissent maintenant autant de succès. Ces médicaments atténuent l’efficacité du système immunitaire du patient en l’empêchant de fonctionner aussi bien que d’habitude. Il est alors beaucoup plus probable que le corps du patient ne rejettera pas l’organe greffé. Les patients qui reçoivent des organes humains doivent habituellement prendre des médicaments immunosuppresseurs pendant le reste de leur vie.

Comment se produit le rejet dans le cas des xénotransplantations d’organes entiers?

Lorsque des organes entiers d’animaux sont utilisés pour les xénogreffes, les problèmes de rejet sont énormes en raison de la très grande différence entre les tissus animaux et humains. En fait, les organes peuvent être tellement « mal appariés » que l’organe xénogreffé peut être rejeté dans les minutes qui suivent la transplantation.

Est-il possible d’empêcher le rejet dans le cas des xénotransplantations d’organes entiers?

Jusqu’à récemment, il semblait impossible d’empêcher ce rejet. Même les médicaments immunosuppresseurs n’étaient pas suffisamment puissants pour empêcher le rejet dans les quelques patients qui ont reçu des organes animaux entiers. Toutefois, des progrès scientifiques récents pourront peut-être aider à régler quelques-uns des problèmes de rejet. Une solution pourrait être la production d’animaux transgéniques, qui sont des animaux dans lesquels on a introduit des gènes humains précis. Le principe sur lequel se fonde la production d’animaux transgéniques est le suivant : le gène humain présent dans les cellules animales aidera à réduire les risques de rejet dans le patient receveur. Les études précliniques donnent à entendre que cette approche pourrait fonctionner, du moins pour les xénotransplantations de courte durée.

Qu’en est-il du rejet des xénogreffes à long terme?

Bien que les xénogreffes d’animaux transgéniques puissent réduire la possibilité d’un rejet à court terme, plus le greffon demeure longtemps dans le patient, plus le risque que le système immunitaire le reconnaisse comme étant étranger et commence à le rejeter est élevé. À ce moment-là, même avec la combinaison d’animaux transgéniques et de médicaments immunosuppresseurs, les problèmes du rejet ne sont pas entièrement réglés.

Est-ce que le rejet est également un problème dans le cas des xénogreffes extracorporelles et cellulaires?

Les xénotransplantations extracorporelles d’organes entiers pourraient aussi être touchées par le rejet et l’organe pourrait cesser de fonctionner en très peu de temps en raison de la destruction d’une grande quantité de ses tissus. Toutefois, certaines xénogreffes cellulaires semblent capables de mieux résister au rejet. Par exemple, les cellules greffées dans le cerveau sont quelque peu protégées du rejet. Les xénogreffes de cellules sécrétrices d’insuline dans le pancréas de patients diabétiques peuvent être enfermées dans une membrane spéciale qui aide à les protéger du rejet.


Glossaire de termes et de locutions2

Animaux transgéniques - animaux qui contiennent un gène (ou plusieurs gènes) provenant d’un autre type d’organisme vivant, par exemple, les porcs dans lesquels on a introduit un gène humain.

Essais cliniques, études cliniques - études de recherche sur de nouveaux médicaments ou traitements qui ont recours à des patients humains. Les patients se portent volontaires pour cette recherche et y consentent seulement après qu’on leur a bien expliqué tous les risques et bienfaits possibles.

Essais précliniques - études de recherche sur de nouveaux médicaments ou traitements qui n’ont PAS recours à des patients humains. Les études précliniques ne comprennent que les études en laboratoire ou sur l’animal de laboratoire. (Les études qui ont recours à des humains s’appellent des essais cliniques – voir ci-dessus).

Extracorporelle - à l’extérieur du corps; on utilise parfois l’expression ex vivo. Le terme fait allusion à certains types de xénotransplantations qui n’en sont pas vraiment, du fait que l’organe ou les cellules de l’animal sont reliés au patient, mais demeurent à l’extérieur de son corps.

Matériels médicaux - une combinaison de biomatériaux, comme des cellules animales, et d’autres matériels comme une membrane artificielle ou un système de filtration.

Médicaments immunosuppresseurs - médicaments qui réduisent l’efficacité du système immunitaire normal d’un patient. On les administre aux patients qui ont reçu des greffes humaines afin que leur système immunitaire ne rejette pas le nouvel organe légèrement « incompatible »

Micro-organismes - très petits organismes vivants, comme les virus, les bactéries ou les champignons, qui peuvent provoquer une infection et causer une maladie. On les appelle couramment des germes ou des agents infectieux.

PERV - abréviation de « rétrovirus porcin endogène ». Les PERV font partie de toutes les cellules porcines depuis des milliers d’années. Ils ne sont pas actifs et sont normalement sans danger pour les porcs.

Primates non humains - le groupe d’animaux qui ressemble le plus aux humains du point de vue biologique, qui comprend les chimpanzés, les babouins et les singes.

Rejet - normalement, le système immunitaire d’un patient n’accepte un organe transplanté (qu’il provienne d’un donneur humain ou animal) que lorsqu’il y a une similarité considérable entre les tissus. Des anticorps et des globules blancs spéciaux attaqueront les cellules « étrangères » dans le greffon et l’endommageront tellement qu’il ne pourra pas fonctionner convenablement. Lorsque cela se produit, les médecins disent que le système immunitaire du patient a rejeté le nouvel organe. Normalement, il faut le retirer du corps du patient.

Rétrovirus endogène - beaucoup d’espèces de mammifères, y compris les êtres humains, ont certains types de virus ou de fragments de virus dans leurs cellules. Ces virus font partie de leur ADN et sont transmis d’une génération à l’autre, habituellement sans que l’espèce-hôte en souffre. Par exemple, voir le terme PERV ci-dessus.

Risque pour les tiers - fait allusion au risque indirect auquel pourraient être exposées les personnes autres que le patient recevant le xénogreffon. (Le porc et le patient receveur sont considérés comme les deux premières parties dans l’équation de risque.) Le risque pour les tiers fait allusion à la possibilité que le patient receveur soit infecté par un virus dans le xénotransplant et que cette infection soit transmise à d’autres personnes avec qui le patient a des rapports intimes ou quotidiens.

Spécifiques d’espèce - micro-organismes qui ne peuvent infecter qu’une espèce d’animal, par exemple, les porcs ou les humains.

Transplantation par création d’un pont - une procédure à court terme faisant appel à une xénogreffe extracorporelle qui pourrait permettre à un patient de survivre en attendant qu’un organe humain devienne disponible.

Xéno - un préfixe qui signifie étranger.

Xénotransplant ou xénogreffe - le matériel animal vivant transplanté dans des humains pendant une xénotransplantation.

Xénotransplantation - une procédure de transplantation dans laquelle un patient humain reçoit un organe (comme un rein ou un foie) ou des cellules vivantes (comme des cellules cérébrales) qui viennent d’un animal sain au lieu d’un donneur humain. On peut utiliser le même terme pour décrire une transplantation entre deux espèces d’animaux différentes.

Xénozoonose - zoonoses ou maladies animales qui peuvent être transmises aux humains par l’intermédiaire d’une xénogreffe.

Zoonoses - maladies causées par des micro-organismes présents chez les animaux qui peuvent également infecter et(ou) rendre malades les humains dans des conditions normales (autre que dans le cadre d’une transplantation).


Notes

1  Bien que les humains soient des animaux, le terme animal servira dans le reste de ce document à indiquer les animaux non humains.
2  Les termes dans ce glossaire sont définis en rapport avec la xénotransplantation.