Les grands enjeux : bref aperçu de la question
Le Canada devrait-il autoriser les transplantations de l’animal à l’humain?
Introduction
La xénotransplantation consiste à transférer des cellules, des tissus ou des organes vivants d’une espèce animale à une autre. Le texte qui suit concerne la transplantation des animaux aux êtres humains.
| « Xéno » est un mot grec qui signifie « étranger ». |
- Les médecins transplantent des cellules, des tissus ou des organes vivants d’un être humain à un autre. Ces transplantations ou greffes servent à traiter des maladies ou à maintenir en vie des personnes quand un ou plusieurs de leurs organes a cessé de fonctionner.
- Les chercheurs étudient la possibilité de transplanter des cellules, des tissus ou des organes animaux chez des êtres humains. Ces organes sont le cœur, le foie et les reins. Les cellules et les tissus pourraient servir à soigner des maladies comme le diabète, la maladie d’Alzheimer et celle de Parkinson.
- La transplantation de cellules, de tissus ou d’organes animaux chez des êtres humains soulève beaucoup de questions. Est-ce que c’est une bonne façon de sauver des vies et de soigner des gens? Est-ce que c’est vraiment sans danger? Qui devrait payer? Les êtres humains ont-ils le droit d’utiliser les animaux de cette façon?
Question n° 1: A-t-on besoin de la xénotransplantation?
Pénurie d’organes
- En 1999, il y avait 3 544 personnes sur les listes d’attente au Canada et seulement 1 667 d’entre elles ont pu recevoir un organe (dont 378 reins donnés par des gens en vie). Plus de 3 personnes sur 4 en liste d’attente avaient besoin d’un rein. Les autres attendaient un foie, un cœur, un poumon ou un pancréas.
- Trois personnes sur dix parmi ces gens sont mortes avant qu’un organe soit disponible. Il semble que le nombre de personnes en liste d’attente va continuer d’augmenter parallèlement au nombre de personnes âgées de 60 ans.
- En comparaison avec d’autres pays, au Canada on donne très peu d’organes pour la transplantation et cela s’explique en partie par le fait qu’au Canada, il y a moins de personnes qui meurent d’un accident de la route ou d’une blessure par arme à feu qu’ailleurs.
Solutions?
- De nombreuses personnes disent que le nombre de dons d’organes au Canada pourrait être beaucoup plus élevé. Peut-être que plus de gens seraient prêts à donner un organe s’ils savaient qu’il y a tant de gens en liste d’attente. En plus, on gaspille des organes donnés parce que les hôpitaux n’ont ni l’argent ni le temps de les faire parvenir aux gens qui en ont besoin.
- Certains pays suivent une politique de dons d’organes que l’on appelle « politique de consentement présumé ». Autrement dit, plutôt que de laisser aux gens le soin de dire au gouvernement qu’ils veulent donner leurs organes à la mort, ce serait le contraire qui se passerait et ceux qui ne veulent pas donner leurs organes seraient obligés de le déclarer au gouvernement à l’avance.
- Il existe des pays où on peut acheter des organes humains. On estime que chaque année entre 200 et 300 Américains achètent des organes à des gens pauvres dans les pays en développement. Mais de nombreuses personnes pensent que la vente d’organes humains est inacceptable.
- On est en train d’étudier différentes possibilités de guérir les gens et de les maintenir en vie. Par exemple, certains chercheurs essayent de fabriquer de meilleurs organes artificiels comme les cœurs mécaniques. D’autres essayent de développer des organes à partir de cellules souches (des cellules qui peuvent se développer dans n’importe quel type de tissu). Mais tout ceci reste très nouveau et il reste encore énormément de travail à faire.
- La prévention de la maladie est l’un des moyens de faire face à la demande d’organes, de cellules et de tissus à transplanter. L’exercice, les bonnes habitudes alimentaires et la consommation modérée d’alcool et de tabac sont autant de façons de faire diminuer les maladies et le besoin d’organes. Mais toutes ces façons de faire prennent du temps et en attendant, il y a toujours des gens qui ont besoin d’une greffe d’organe, de tissus ou de cellules pour survivre.
Question n° 2: st-ce que la xénotransplantation va marcher?
- On a déjà essayé bien des fois de transplanter des tissus et des organes chez des êtres humains mais la plupart d’entre eux sont morts peu de temps après. Le « rejet de l’organe » est le principal problème. Les cellules et les organes animaux sont attaqués et supprimés par le système immunitaire du patient.
- Quelques médicaments sont capables de neutraliser le système immunitaire du patient pour que le transplant (ou greffon) ne soit pas rejeter. Ces médicaments sont utilisés dans le cas des greffes de l’humain à l’humain. Mais les organes animaux sont beaucoup plus étrangers au système immunitaire du patient que les organes humains et jusqu’à présent ces médicaments n’ont pas réussi dans le cas des xénotransplantations.
- Les chercheurs essayent de faire en sorte que les cellules, les tissus et les organes animaux soient mieux tolérés par les êtres humains en mettant des gènes humains dans les cellules animales. C’est que l’on appelle la « modification génétique ». Les animaux qui ont des gènes humains sont appelés des animaux « transgéniques ». Au Canada, on élève des porcs transgéniques pour la recherche sur la xénotransplantation.
- Les chercheurs canadiens font maintenant des expériences de xénotransplantation entre deux espèces animales différentes, comme les porcs et les babouins. Certains spécialistes pensent qu’il est temps d’essayer sur des êtres humains mais d’autres croient que c’est encore trop tôt.
Question n° 3: Jusqu’où pouvons-nous aller pour sauver une vie humaine?
- La xénotransplantation soulève plusieurs questions. Sommes-nous en train de jouer avec la nature? Est-ce que cela change ce que signifie être humain? Il y a 40 ans, les mêmes questions ont été posées lorsque l’on a commencé à faire des transplantations de l’humain à l’humain.
- Les grandes religions n’ont pas de politique ni d’opinion officielle sur la xénotransplantation. Il semble que la plupart d’entre elles seraient prêtes à l’accepter à condition que les animaux souffrent le moins possible.
- Certaines personnes ne sont pas d’accord pour que l’on modifie génétiquement les animaux. (Voir animaux « transgéniques » plus haut.) Ces personnes disent que les limites existant entre les espèces sont là pour les protéger et que nous ne pouvons pas prévoir les conséquences à l’avenir.
- Ceux qui sont pour les modifications génétiques disent que c’est la même chose que l’élevage et la sélection des animaux, et que de toute façon les gènes se transforment tout seuls avec le temps.
Question n° 4: Est-ce qu’il y a un risque pour le public?
- Aucune technologie ou procédure médicale n’est sans danger. Les chercheurs ne connaissent pas encore tous les risques de la xénotransplantation. Mais il semble que le plus grand risque soit celui de transmettre une maladie animale à un être humain qui la propagerait alors à d’autres personnes. Une infection animale transmise à un être humain s’appelle un « zoonose ».
- Il n’existe aucune preuve que les expériences de transplantation de l’animal à l’humain faites jusqu’à maintenant aient causé des zoonoses. Toutefois, la plupart des patients sont morts avant d’avoir eu le temps de développer les symptômes.
- Aujourd’hui, les chercheurs savent plus de choses sur les infections zoonotiques. Par exemple, il est à peu près certain que le VIH (qui cause le SIDA) est un virus de singe qui a infecté les êtres humains. Les chercheurs savent également que les « rétrovirus » dans les cellules animales peuvent aussi infecter les cellules humaines et y demeurer pendant des années avant que des symptômes apparaissent.
- Comme les singes sont très semblables aux êtres humains, leurs maladies se transmettent plus facilement à ces derniers. Les grands singes, les singes, les êtres humains, les chimpanzés et les babouins appartiennent à l’espèce des « primates ». Les autres espèces peuvent aussi causer des infections zoonotiques. En 1993, en Suède, dix patients souffrant du diabète ont reçu des cellules de porc. Ils ont développé des anticorps aux virus du porc mais aucun n’en est tombé malade.
- De nombreux chercheurs pensent aujourd’hui que le porc est le meilleur animal à utiliser pour la xénotransplantation. Dans ce but, des porcs sont élevés dans des laboratoires à l’abri des microbes, mais jusqu’à ce jour, les chercheurs ne sont pas parvenus à élever des porcs sans virus. Étant donné que des médicaments vont être utilisés pour neutraliser le système immunitaire du patient, il est possible que des infections animales survivent facilement. Les porcs transgéniques contenant des gènes humains pourraient plus facilement transmettre des virus et des maladies du porc aux êtres humains.
- Il est impossible aujourd’hui de dire exactement ce qui pourrait ou ne pourrait pas arriver avec la xénotransplantation car les chercheurs n’ont pas toutes les réponses. Certains disent que la seule façon de les avoir est d’expérimenter avec prudence sur des êtres humains, de faire des « essais cliniques ». D’autres pensent que le risque est trop grand et n’en vaut pas la peine.
Question n° 5: Quels sont les problèmes juridiques qui se posent?
- L’une des grandes questions juridiques posées par la xénotransplantation est celle du « consentement informé ». Cela signifie que les volontaires pour la xénotransplantation devraient bien comprendre et accepter des règles qui limiteraient leur liberté. Il s’agirait de règles destinées à protéger le public contre des maladies infectieuses qui seraient le résultat de xénotransplantations.
- Aucun pays n’a encore défini ces règles, mais les patients pourraient un jour être obligés d’accepter :
- de ne jamais voyager en dehors de leur pays ou de leur région,
- de ne jamais avoir d’enfant,
- de déclarer tous leurs partenaires sexuels aux autorités,
- de ne jamais donner leur sang,
- d’être suivi par les autorités jusqu’à la fin de leur vie, et (ou)and/or
- d’avoir une autopsie après leur mort.
- Comme une maladie zoonotique pourrait prendre des années à se développer, il est probable qu’il serait interdit aux patients de changer d’avis et de ne plus accepter toutes les règles. Il pourrait être nécessaire de voter des lois pour faire appliquer ces règles. Certains experts pensent qu’il serait impossible de les faire respecter.
- Autres questions juridiques :
- Qui va décider des risques qui sont jugés acceptables?
- Qui sera responsable si quelque chose tourne mal?
Question n° 6: Avons-nous le droit d’utiliser les animaux de cette façon?
- À l’heure actuelle, les primates, les porcs, les chiens, les lapins et les rongeurs sont utilisés en grand nombre dans les travaux de recherche sur la xénotransplantation partout dans le monde.
- Les porcs ont la préférence pour la xénotransplantation parce qu’ils sont faciles à élever, que leurs organes sont de la bonne taille pour les êtres humains, et qu’ils présentent moins de risque de transmettre des maladies que les primates.
- Tout le monde n’est pas d’accord sur la façon dont les animaux devraient être utilisés par les êtres humains. Certains acceptent qu’on les utilise de toutes les façons, pour se nourrir, pour travailler, pour se vêtir et pour faire des expériences. D’autres acceptent de les utiliser de certaines façons seulement, par exemple pour faire des expériences médicales mais pas pour tester des produits de beauté ni des produits chimiques. Enfin, il y a ceux qui pensent que les animaux ne doivent pas servir aux êtres humains pour se nourrir, pour faire des expériences, pour se vêtir ou encore pour se distraire.
- Les sondages d’opinion publique montrent que la plupart des gens acceptent d’utiliser des animaux mais de façon limitée, surtout à condition de ne pas les traiter cruellement et seulement quand il y a un intérêt direct pour les être humains.
- Les animaux que l’on élève pour la xénotransplantation vivent dans des cages dans des laboratoires stérilisés pour réduire le risque d’infection chez les humains.
Question n° 7: Combien est-ce que cela va coûter?
- À l’heure actuelle, personne ne sait exactement combien coûterait une xénotransplantation ou xénogreffe si c’était un traitement médical accepté pour les êtres humains.
- Une xénotransplantation coûterait probablement au moins aussi chère que n’importe quelle autre transplantation. Le coût d’une greffe de rein en Colombie-Britannique est approximativement de 20 000 $ plus 6 000 $ par année pour les médicaments antirejet. On estime que le coût moyen d’une greffe du cœur est d’environ 80 000 $. L’Ontario dépense approximativement 47 millions de dollars par année pour les greffes d’organe et on s’attend à ce que cette somme augmente de plus du double d’ici quatre ans.
- Le coût d’une xénotransplantation devrait également comprendre les coûts d’élevage, d’alimentation et de logement des animaux, ceux de prélèvement des organes et des tissus, ainsi que ceux relatifs à la surveillance des patients et à l’étude des effets dans le temps.
- Les xénogreffes pourraient réduire le coût du traitement des individus en attente d’une transplantation d’organe. En effet, la transplantation d’un rein coûte moins chère qu’une dialyse pendant cinq ans.
Question n° 8: Quelle est la réglementation dont le Canada aurait besoin?
- Il faudra peut-être de nouvelles lois et de nouveaux règlements si la xénotransplantation devient une procédure médicale acceptée.
- Les essais cliniques (avec des volontaires humains), quels qu’ils soient, ne peuvent avoir lieu qu’avec l’autorisation de Santé Canada. La décision tient compte de la sécurité, de la qualité, de l’efficacité et des résultats attendus. Le ministre de la Santé peut décider d’interdire les essais de xénotransplantation sur des volontaires humains afin de protéger la santé du public.
- Il n’y a aucune loi canadienne qui protége spécifiquement les animaux utilisés pour la xénotransplantation. Certaines provinces ont adopté des lois sur la façon d’utiliser les animaux pour la recherche mais il n’existe aucune législation fédérale. Le Code criminel du Canada a un article qui interdit « que soit causée à un animal ou à un oiseau une douleur, souffrance ou blessure, sans nécessité ».
- #Selon la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (LCPE) toute nouvelle substance doit être soumise à un examen avant de pouvoir être vendue au Canada. Cela a pour but de s’assurer que les nouveaux produits sont sans danger pour l’environnement et pour la santé humaine. Cela concernerait également les tissus et les organes animaux destinés à la xénotransplantation.


