Réactions face à la xénotransplantation

[ Source : Conseil de L’Europe 2000 : Groupe de travail sur la xenotransplantation, Strasbourg,   Juillet 2000. Reimprime avec autorisation.  ]

Le Conseil de l’Europe a récemment publié un résumé des sondages menés au sujet des réactions face à la xénotransplantation dans les pays suivants :

| Canada | Australie | États-Unis | France | Allemagne | Suède | Angleterre |
 

Canada

Le sondage a été effectué pour le Programme des produits thérapeutiques de Santé Canada. auprès de 2 526 Canadiens et Canadiennes âgés de 15 ans et plus, et comprenait sept questions : deux sur la transplantation et cinq sur la xénotransplantation.

Question  % de oui
Total Hommes Femmes
1. Avez-vous accepté de donner un organe ou des tissus pour la transplantation en cas de décès (en l’indiquant par exemple sur votre permis de conduire, sur votre carte d’assurance-santé ou en avertissant votre plus proche parent)? 52 % 52 % 52 %
2. (En cas de réponse négative à la question no 1), êtes-vous disposé à donner un organe ou des tissus pour la transplantation en cas de décès? 49 % 50 % 48 %
3. Avez-vous lu quelque chose ou entendu parler de chercheurs en médecine qui proposent d’utiliser des organes animaux pour les transplanter chez l’être humain, ou bien tout cela ne vous dit pas grand-chose? 75 % 76 % 74 %
4. Avez-vous entendu dire que l’un des risques présentés par la transplantation d’organes d’un animal à l’être humain est la possibilité qu’une maladie nouvelle et inconnue soit transmise de l’organe animal transplanté à l’être humain qui le reçoit, ou bien tout cela ne vous dit pas grand-chose?td> 45 % 47 % 42 %
5. (En cas de réponse positive à la question no 4) avez-vous entendu dire qu’il est possible que si une personne qui a reçu un transplant est infectée par une nouvelle maladie, il existe un risque que les personnes qui sont en contact avec elle puissent également être infectées et tomber malades, ou bien tout cela ne vous dit pas grand-chose? 41 % 44 % 38 %
6. Si un organe humain n’était pas disponible, accepteriez-vous de recevoir un organe animal, pour vous-même ou pour un membre de votre famille? 54 % 63 % 45 %
7.Étant donné que les transplantations d’organes animaux aux êtres humains peuvent présenter des risques pour l’ensemble de la population, quel rôle aimeriez-vous personnellement jouer pour décider d’accepter ou non cette procédure au Canada? Être tenu au courant Participer à des réunions Être invité à réagir Rien
62 % 24 % 22 % 12 %
Tableau 1 Résultats Canada

Ceux qui avaient le plus de probabilité d’être au courant étaient les personnes âgées (87 %) et les diplômés universitaires (85 %). En comparaison, les travailleurs non qualifiés (61 %) et les étudiants du secondaire et de l’université (62 %) en savaient moins que la moyenne.

Compte tenu de leurs connaissances des risques potentiels, près de la moitié des répondants ont déclaré qu’ils seraient prêts à accepter une xénotransplantation soit pour eux-mêmes soit pour un membre de leur famille si aucun organe humain n’était disponible. Un peu plus d’un tiers des répondants (38 %) ont répondu « Oui » sans réserve et 16 % sous certaines conditions. Plus d’un tiers (39 %) ont déclaré qu’ils refuseraient une xénogreffe et 8 % étaient indécis. Cinquante cinq pour cent (55 %) des femmes étaient plus défavorables aux xénogreffes que les hommes (37 %).


Australie

Le sondage a été réalisé à Sydney, en Australie, auprès de 133 patients ayant reçu un transplant humain.

Pas d’accord
 %
Sans opinion
 %
D’accord
 %
Si un parent proche décédait, j’accepterais le don de ses organes 12,4 3,5 81,4
J’accepterais un organe d’un parent vivant 29,2 8,8 61,1
J’accepterais un organe d’une personne vivante mais sans lien génétique, comme par exemple un conjoint 26,5 11,5 41,6
J’accepterais un organe d’un animal proche de l’homme, par exemple un babouin ou un chimpanzé 45,1 11,5 41,6
J’accepterais un organe d’une espèce éloignée de l’être humain, par exemple d’un porc ou d’un mouton 44,2 13,2 41,6
Il est acceptable d’élever des animaux pour qu’ils fournissent des organes à transplanter 33,6 17,7 47,8
Tableau 2 Résultats Australie

États-Unis

Voici les résultats de deux sondages sur les réactions par rapport à la xénotransplantation. Le premier a été réalisé par la National Kidney Foundation auprès de 1 200 personnes choisies de façon aléatoire. Le second sondage a été effectué par une équipe du St. Vincent Medical Centre, à Los Angeles (Californie) auprès de 100 patients.

National Kidney Foundation [La Fondation nationale du rein]
Pratiquement toutes les personnes interrogées (94 %) étaient au courant des pénuries d’organes destinés à la transplantation, et la plupart (62 %) acceptaient la xénotransplantation comme une option de remplacement valable. Toutefois, le soutien en faveur de la xénotransplantation n’était pas sans réserve; les répondants ont dit s’inquiéter de la compatibilité des organes transplantés, du taux de succès et de la contamination entre espèces.

St. Vincent Medical Center [Centre médical St-Vincent]
Les répondants se composaient de 65 hommes et de 35 femmes, âgés de 17 à 74 ans, soit 72 blancs, 18 hispaniques, 5 Afro-américains, et 4 Américains d’origine asiatique.

Quatre-vingt pour cent (80 %) des patients acceptaient la xénogreffe en cas d’urgence, et dix d’entre eux ont déclaré qu’« en aucune circonstance » ils n’accepteraient de xénogreffe. Par ordre décroissant de priorité, les patients ont dit préférer les sources d’organe suivantes : organes humains (96 %), organes du singe (44 %), organes mécaniques (43 %), organes du porc (42 %), ou organes du chien (34 %). Vingt-quatre patients ont pensé qu’une xénogreffe modifierait leur apparence, leur personnalité et leurs habitudes alimentaires ou sexuelles.

Le sondage a également permis de solliciter des opinions religieuses et morales. Toutefois, on ne semble avoir remarqué aucune différence d’ordre religieux, bien qu’au sein de certains groupes religieux, les antécédents culturels ou ethniques aient parfois joue un rôle dans les raisons invoquées pour dire que certains animaux étaient acceptables ou non comme donneurs. Par exemple, les catholiques d’origine américano-mexicaine considéraient que les chiens et les porcs n’étaient pas des animaux très propres, et qu’en conséquence ne constituaient pas des donneurs acceptables.


France

Dans ce pays, le sondage a porté sur les réactions à la xénotransplantation de la part de plusieurs groupes différents : les médecins, les personnels infirmiers, les techniciens et les étudiants. L’équipe responsable du sondage a enregistré un taux de réponses de 97,1 %, les répondants avaient reçu une documentation complète sur la xénotransplantation et les indécis ont été considérés comme des réponses négatives. Il découle de ce sondage que plus on donne de renseignements sur la xénotransplantation, plus acceptable elle devient.

Médecins

n=91
Personnels infirmiers

n=128
Techniciens

n=85
Étudiants

n=321
Âge moyen 42,1 (9,4) 36,7 (7,9) 38,0 (11,5) 23,3 (4,4)
Hommes 65,9 15,9 29,5 34,6
Croyants en Dieu 56,5 59,2 53,7 53,9
Concernés par la transplantation 41,8 39,1 47,7 0
Définition de la xénotransplantation donnée aux participants
Veut continuer la recherche 94,3 87,2 92,6 90,5
Accepte la xénotransplantation 73,1 73,8 68,0 80,3
Accepte les xénogreffes dans tous les cas 54,9 33,9 41,3 48,3
Seulement en cas de vie ou de mort 69,2 60,8 68,4 72,1
Malgré les risques d’infection 42,0 28,9 40,7 23,1
Information donnée sur les risques théoriques d’infection
Accepte les xénogreffes 85,4 72,2 76,6 74,6
De tous les organes et tissus 74,1 71,4 73,9 87,7
Seulement en cas de risque pour la vie 57,5 50,8 56,4 52,1
Pas en cas de vie ou de mort mais de handicap 56,8 71,4 71,3 67,5
Information donnée sur le choix du porc comme donneur
En faveur de la xénotransplantation 88,1 74,8 85,1 82,3
Tableau 3 Résultats France

Allemagne

Le sondage a été mené en vue d’évaluer les réactions face aux transplantations allogéniques par rapport aux transplantations xénogéniques. Des questionnaires détaillés ont été remis à 1 049 patients qui avaient subi une transplantation ou étaient sur les listes d’attente de divers organes. Le sondage montre que 77 % des patients accepteraient une xénogreffe alors que 7 % la refuseraient si les résultats étaient analogues à ceux d’une allotransplantation. Si la xénotransplantation suscitait des risques accrus causés par un régime médicamenteux plus fort, 58 % continueraient de l’accepter. Le taux d’acceptation des xénogreffes était beaucoup plus élevé chez les patients qui avaient reçu un transplant et aussi chez les hommes. On a constaté que l’âge, la religion, les délais d’attente et le type d’organes n’influençaient pas les taux d’acceptation. Pour 23 % des patients, les xénogreffes sont associées à un stress émotionnel considérable ou aigu, par opposition à 3 % pour les allogreffes. Le porc est l’animal donneur préféré, et les manipulations génétiques thérapeutiques en vue d’améliorer les résultats sont acceptables pour 84 % des personnes interrogées.

J’accepterais une xénogreffe si le taux de succès était le même que dans le cas d’une greffe humaine : Patients en liste d’attente (n=327) Patients greffés (n=722)
Oui 55 % 53 %
Oui, en cas d’urgence 16 % 30 %
Ne sais pas 17 % 12 %
Non 12 % 5 %
J’accepterais une xénogreffe en dépit d’une plus grande immunosuppression et d’effets secondaires connexes : Patients en liste d’attente (n=327) Patients greffés (n=722)
Yes 12 % 10 %
Yes, in an urgent situation 26 % 57 %
Don’t know 19 % 16 %
No 43 % 17 %
Être au courant des caractéristiques suivantes relatives à un organe transplanté serait à l’origine d’un stress émotionnel considérable ou aigu  : Tous les patients (n=1049)
Greffe humaine, le donneur est du sexe opposé 1 %
Greffe humaine, le donneur a des antécédents criminels 13 %
Greffe humaine, le donneur a plus de 65 ans 23 %
Xénogreffe 23 %
J’ai beaucoup de réserves au sujet de la xénotransplantation pour les raisons suivantes : Tous les patients (n=1049)
Moins bon fonctionnement 60 %
Transmission de maladie 52 %
Stress émotionnel 24 %
Droits des animaux 15 %
Changement de personnalité 15 %
Raisons religieuses 5 %
Tableau 4 Résultats Allemagne

Suède

Le service de santé publique et de médecine sociale/science des soins a procédé à une étude sur les réactions des Suédois et des Suédoises face à la transplantation d’organes et de tissus provenant de différentes sources.

On a envoyé un questionnaire à un échantillon aléatoire de 1 500 personnes pour leur demander leur opinion au sujet de la transplantation et de questions connexes. Le taux de réponse a été de 71 %. Les Suédois ont dit préférer les dons d’organes de personnes vivantes (77 %), puis les organes de personnes décédées (69 %), suivis d’organes artificiels (63 %), et enfin d’organes animaux (40 %).


Angleterre

Le sondage a été réalisé par la British Kidney Association qui a demandé à 850 de ses patients comment ils réagiraient et pourquoi si on leur proposait une xénogreffe. Au préalable, on avait donné aux répondants une explication complète de la xénotransplantation - l’animal donneur étant un porc transgénique. Les résultats du sondage se présentent de la façon suivante.

  • 663 (78 %) se disent prêts à recevoir un rein de porc
  • 144 (17 %) se disent contre
  • 43 (5 %) sont indécis

Parmi les raisons invoquées, citons la religion et l’élevage particulier de porcs destinés aux dons d’organes.