Stratégies d’enseignement
Une intervention cognitivo-comportementale combinée à une formation des parents
[TRADUCTION]
Une approche cognitivo-comportementale (c.-c.)1 combinée à la formation des parents est le meilleur moyen de favorise un changement positif chez les élèves aux besoins importants qui éprouvent des difficultés relationnelles avec leurs pairs. L’intervention de type c.-c. vise à réduire les comportements qui posent des problèmes (comme l’agression ou l’impulsivité) et à accroître les comportements positifs (comme les habiletés sociales et la résolution de problèmes). Les cours qui portent uniquement sur le comportement ou sur la cognition ne fonctionnent pas avec ces élèves. L’approche cognitivo-comportementale suppose qu’il existe un lien entre les pensées, les sentiments et les actions. Le comportement est lié à la pensée et aux convictions, lesquelles sont fondées sur l’expérience. Il est donc possible de modifier à la fois l’expérience et l’interprétation de cette expérience.
Les enseignants peuvent aider les élèves à surveiller leurs pensées et leur apprendre comment elles influencent leurs comportements et leurs sentiments. Les adultes de l’école peuvent apprendre aux jeunes à identifier leurs pensées et leurs convictions dysfonctionnelles (p. ex., le fait de penser que les victimes méritent leur sort, que les filles aiment que les garçons fassent claquer leur soutien-gorge, que l’homosexualité est contre nature, etc.) et à les remplacer par des versions plus réalistes et positives (« je peux maîtriser mon comportement », « je peux tenir tête à une brute », « je sais où aller pour obtenir de l’aide »).
On peut enseigner aux élèves des techniques de résolution de problèmes durant des activités de groupe (p. ex., lorsqu’un jeu suscite des conflits) et leur apprendre à surveiller et à changer leurs propres comportements. Les adultes de l’école peuvent profiter des « périodes sensibles pour l’apprentissage » pour prévenir les comportements destructeurs (si par exemple une enseignante observe des signes de manipulation sociale ou d’exclusion dans un groupe de filles, elle intervient en disant que c’est de l’intimidation, elle envoie clairement le message que cela n’est pas toléré, et elle soutient l’élève victimisé(e)). L’intervention porte donc à la fois sur l’environnement social de l’élève et sur les processus d’apprentissage internes.2
Il vaut mieux suivre des stratégies concrètes, comme celles définies dans Aggression Replacement Training (Goldstein et al., 1989) ou dans les travaux de Linda Baker et de Sandra Scarth (2002)3. En voici quelques-unes :
La gestion du comportement
L’utilisation de conséquences positives (qui récompensent ou renforcent l’élève) et négatives (déplaisantes ou indésirables pour l’élève) pour modeler le comportement. Les conséquences positives font augmenter la probabilité qu’un comportement donné se reproduise, et les conséquences négatives réduisent cette probabilité. En bout de ligne, c’est la propre perception de l’élève qui détermine si une conséquence est encourageante ou déplaisante. Les conséquences doivent être immédiates, équitables, cohérentes et personnalisées (les politiques de tolérance zéro ne répondent à aucun des trois derniers critères). Prenons par exemple le cas d’une directrice d’école qui observerait un grand groupe d’élèves en train d’encourager deux garçons de 7e année à se battre. Après avoir séparé les bagarreurs, la directrice apprend que l’un des deux intimidait l’autre depuis un mois. L’élève victimisé(e) s’est finalement défendu(e) ce jour-là. Après avoir rencontré chaque garçon séparément (avec ses parents), la directrice ordonne l’exclusion temporaire de l’élève qui a commis l’acte d’intimidation à l’intérieur de l’école et exige qu’elle participe, avec ses parents, à une séance de counseling familial avec le travailleur social de l’école. Quant à la victime et à ses parents, ils recevront un soutien de la part de la conseillère en orientation de l’école.
Le modelage
Le changement du comportement et des interactions sociales dont un élève est témoin. Les élèves sont plus susceptibles de copier et d’apprendre de leurs pairs et de modèles adultes respectés qui ont du prestige, qui sont perçus comme étant réalistes et naturels, et dont le comportement est récompensé. Par exemple, les enseignants peuvent envoyer de puissants messages aux spectateurs d’un incident d’intimidation en intervenant avec calme et autorité pour soutenir l’élève victimisé(e) et s’occuper de l’élève qui a intimidé. Les élèves peuvent utiliser des stratégies semblables en refusant de s’en tenir au rôle de spectateur, en intervenant sans prendre de risques et en allant chercher l’aide d’un adulte. On notera que si les adultes et les pairs n’interviennent pas quand des élèves sont brutalisés ou si leurs interventions manquent de cohérence, ils envoient aussi de puissants messages, mais des messages qui favorisent les comportements antisociaux.
La résolution de problèmes sociaux
Le fait de changer la réaction d’un élève à un problème de manière à engendrer une série de conséquences différente. Les adultes et les pairs peuvent utiliser des stratégies éprouvées grâce auxquelles les élèves très vulnérables apprennent à considérer leur situation de manière constructive, à s’arrêter pour penser à un problème et à le résoudre par des mesures pratiques, à trouver des solutions, à évaluer les avantages et les inconvénients de ces solutions et à développer des valeurs prosociales (p. ex., la considération des besoins et des droits des autres). Les élèves qui sont fréquemment victimes ou agresseurs ont souvent de mauvaises méthodes de résolution de problèmes. Grâce aux stratégies c.-c., on peut leur enseigner à cerner le problème, à le communiquer avec assurance, à y trouver des solutions possibles, à évaluer ces solutions et à en choisir une, à agir, puis à évaluer le résultat.
La restructuration cognitive et l’autogestion
Le fait de changer la façon dont un élève interprète les événements passés, présents et à venir. Ces stratégies profitent surtout aux enfants plus vieux et aux adolescents. Elles consistent à aider l’élève à cerner et à modifier les schémas de pensée liés à ses comportements antisociaux et à utiliser l’autosurveillance ou l’autopersuasion (des instructions verbales utilisées par l’élève pour s’aider à ralentir, à évaluer le problème et à surveiller ses propres réactions) pour corriger ses modes de pensée erronés. Beaucoup d’élèves très vulnérables ont des schémas de pensée qui déforment leurs perceptions (ils pensent par exemple en termes de « tout ou rien »;, sautent aux conclusions, blâment, magnifient ou minimisent les événements) et trouvent des justifications aux comportements agressifs (brimer les autres pour obtenir ce que l’on veut, être vantard, condamner la victime).
Conclusion
Les jeux de rôles et l’action sociale sont de bons exemples d’activités que les enseignants peuvent utiliser pour faciliter la transposition des nouvelles connaissances sur l’intimidation et la victimisation en un véritable changement des comportements en classe. Beaucoup d’études ont constaté que les meilleurs programmes d’échec à l’intimidation et au harcèlement ne font pas diminuer la victimisation ou les actes répréhensibles dans une école si les élèves n’ont pas régulièrement l’occasion de s’exercer dans des situations concrètes.4
Il est peu probable que l’enseignement c.-c. à lui seul apporte des changements significatifs dans le comportement des élèves ; il faut qu’il soit combiné à un volet de formation des parents. Une mauvaise gestion parentale du comportement des très jeunes enfants (en n’exigeant pas qu’ils respectent les limites et les règles) peut contribuer à l’apparition de comportements d’intimidation. Des exigences parentales continues et inopportunes (et, chez les enfants, la désobéissance et l’évitement des exigences parentales par l’agression) peuvent entraîner un processus familial coercitif.5 On peut apprendre aux parents à modifier des schémas d’interaction coercitifs en renforçant et en soutenant les comportements prosociaux à la maison. Chez les jeunes enfants, on peut choisir de ne pas tenir compte des comportements qui posent des problèmes ou imposer un « temps d’arrêt » en plaçant l’enfant dans un espace d’isolement. Les parents apprennent à cerner, à définir et à observer leurs propres comportements négatifs et ceux de leurs enfants. Ils apprennent ensuite à utiliser des techniques comportementales par l’observation, la pratique et l’examenz.6 Il existe plusieurs bons manuels et programmes pour les parents.7
| 1. | Goldstein et al., 1989; Baker et Scarth, 2002. |
| 2. | Baker et Scarth, 2002: 28. |
| 3. | Les travaux de Baker et Scarth peuvent être téléchargés gratuitement sur le site www.cmho.org/pdf_files/CD_W3_Full_Document.pdf. |
| 4. | Cirillo et al., 1998; Totten et Quigley, 2002; Gottfredson, Wilson, et Skroban Najaka, 2002. |
| 5. | Patterson, 1982. |
| 6. | Kazdin et Weisz, 1998. |
| 7. | Shaefer et Millman, 1982; Forehand et Long, 1996; Christophersen,1988. |

