Introduction

« Chez les filles, ça peut être plus difficile parce qu’il y a plus de rumeurs et des potins que de brutalité physique. La plupart des filles en parlent à leurs meilleurs amies mas pas aux enseignants, ni à leurs parents, et elles disent à leurs amies de ne parler à personne. »
[TRADUCTION]
élève de 8e année

Une approche qui tient compte des disparités entre les sexes abordera les enjeux, les problèmes et les atouts des filles et des garçons séparément dès l’âge de six ans. Les programmes de qualité s’appuient sur des principes précis, ancrés dans les besoins particuliers des filles et des garçons au regard de leur développement et de leurs besoins physiologiques, psychologiques et sociaux. Les activités différentes selon le sexe sont importantes, pour plusieurs raisons. Les raison sont exprimées ici en termes de : Différence entre les sexes et Sexe des membres du personnel. C’est suivi d’une liste de ressources.
 

Différence entre les sexes

Les cheminements du développement des filles et des garçons très vulnérables qui s’adonnent fréquemment à l’intimidation, au harcèlement sexuel et à la discrimination présentent des différences marquées Les facteurs de risque et de protection chez les élèves qui ont fréquemment des difficultés relationnelles durables avec leurs pairs varient beaucoup selon le sexe. Ces différences ne sont pas aussi importantes pour les élèves qui ont rarement de telles difficultés.1 Il existe des différences importantes dans le processus par lequel les filles vivent et commettent des actes répréhensibles, dans le contexte de leur comportement et dans le type d’actes qu’elles commettent. Les garçons et les filles présentent des différences dans la forme que prennent leurs actes d’intimidation, dans leur niveau de participation à ces actes et dans leur contexte. Les actes répréhensibles que commettent les filles sont souvent masqués et difficiles à détecter (ce sont des formes d’intimidation sociale), tandis que l’intimidation exercée par les garçons est principalement physique (et facile à repérer). Les agressions fréquentes commises par les filles sont étroitement liées à la violence et aux traumatismes dont elles souffrent à la maison, tandis que chez les garçons, les agressions fréquentes sont plus étroitement liées à l’association avec des pairs qui s’adonnent à des comportements antisociaux et à la participation à des activités où l’on pratique de tels comportements.

Globalement, les filles ont besoin de programmes différents de ceux des garçons. Les interventions doivent tenir compte de la vie différente que vivent les filles et les garçons et répondre à leurs besoins et à leurs forces. La socialisation selon les rôles sexuels se fait très différemment chez les garçons et chez les filles, et elle contribue à un tissu complexe de messages culturels sur les comportements qui conviennent à chaque sexe. En général, la masculinité est associée à la puissance, à l’autonomie, à l’agression, à la domination et à l’hétérosexualité. La féminité est liée à la dépendance, à la nurturance, à la passivité, à la serviabilité et à l’entretien des liens sociaux. Le sexe féminin s’accorde mieux avec la connexion, et le sexe masculin, avec la différenciation.2 Pendant toute l’histoire du monde occidental, les hommes ont eu collectivement plus de prestige et de pouvoir que les femmes, tant à la maison qu’à l’extérieur. La tradition leur a assigné l’autorité législative et normative d’exercer un contrôle sur leurs femmes et leurs enfants, et sur les femmes en général. Les femmes affrontent encore de multiples formes de discrimination au Canada. Malgré des gains récents, les hommes jouissent encore d’avantages sur le plan des revenus, du prestige, des compétences et de l’autorité dans la plupart des secteurs de la société.

Les jeunes femmes sont beaucoup plus susceptibles que les jeunes hommes de souffrir de dépression, de troubles alimentaires et d’une image négative d’elles-mêmes et de leur corps. Ce phénomène est lié à la tendance, chez les jeunes filles, à intérioriser la détresse et les problèmes, tandis que les jeunes garçons manifestent ces problèmes par l’extériorisation et les comportements perturbateurs. Les programmes doivent tenir compte de ces différences (p. ex., ceux qui s’adressent aux garçons doivent aborder les enjeux de l’autonomie et de la séparation, tandis que pour les filles, on mettra l’accent sur le sentiment du lien avec les autres) et s’assurer de la sécurité des activités prévues (étant donné la prévalence du harcèlement sexuel et des agressions dans les écoles intermédiaires et secondaires, il est probable que des victimes et des agresseurs se trouvent dans la même classe; on ne peut donc pas garantir la sécurité des filles dans les discussions auxquelles participent les garçons).
 

Sexe des membres du personnel

Le sexe du personnel est l’un des principaux déterminants du succès. Vu l’importance du modelage dans les stratégies d’intervention cognitivo-comportementales, les filles répondront le mieux à une enseignante forte et assurée qui aura vécu des expériences semblables aux leurs à l’adolescence.3 De même, pour les garçons, le mieux est que l’enseignant soit un homme sensible qui peut aider à défaire l’écheveau de la masculinité et de ses liens avec la dureté, l’agression et le code du silence qui entoure l’expression des émotions.4

La réaction des filles aux interventions diffère de celle des garçons. Les filles sont plus réceptives aux programmes d’échec à l’intimidation et au harcèlement, et elles manifestent beaucoup d’empathie et de soutien envers les victimes.5 Toutefois, certains indices donnent à penser que l’intimidation sociale exercée par les filles est difficile à résoudre. Cela s’explique en partie par le manque général de conscience de cet enjeu et l’absence de modèles d’intervention.6
 

Ressources

Il existe néanmoins des ressources utiles pour les enseignants : Gender Play de Barrie Thorne, Helping Teens Stop Violence d’Allan Creighton, Challenging Macho Values de Jonathan Salisbury et David Jackson, Safe Teen: Powerful Alternatives to Violence d’Anita Roberts, Mind Over Violence Everywhere/Puissance en pensée avant tout de Mark Totten et Perpetua Quigley, le rapport de l’American Association of University Women intitulé How Schools Shortchange Girls, In a Different Voice: Psychological Theory and Women’s Development de Carol Gilligan (1982), Meeting at the Crossroads: Women’s Psychology and Girls’ Development de Lyn Mikel Brown et Carol Gilligan (1992), Reviving Ophelia: Saving the Selves of Adolescent Girls de Mary Pipher (1995), Schoolgirls: Young Women, Self-Esteem and the Confidence Gap de Peggy Orenstein (2000), Social Aggression in Girls de Marion Underwood (2003) et Failing at Fairness: How America’s Schools Cheat Girls de Myra et David Sadker (1994).
 


1.  Voir par exemple Craig, Pepler, Connolly et Henderson, 2001; Volk, Craig, Boyce et King, 2002; Farrington, 1993.
2.  Bylington, 1997; Jordan, Kaplan, Miller et Surrey, 1991.
3.  Gilligan, 1982; Gilligan et Brown, 1992; Sadker et Sadker, 1994.
4.  Totten, 2000.
5.  Menesini et al., 1997; Olweus et Endresen, 1998; Smith et Ananiadou, 2003.
6.  Owens, Shute et Slee, 2000; Eslea et Smith, 1998; Hawker et Boulton, 2000.