Pourquoi s’en faire? L’envergure du problème et les personnes en cause
Introduction
L’intimidation, le harcèlement sexuel et la discrimination raciale sont d’importants problèmes de santé publique dans les écoles primaires, intermédiaires et secondaires du Canada. Le lecteur trouvera ci-après un bref aperçu de leur prévalence et un profil des élèves en cause. Les besoins des élèves impliqués dans des incidents fréquents et à long terme, soit en tant qu’auteurs, soit en tant que victimes, sont généralement beaucoup plus importants et plus complexes que ceux des élèves moins souvent impliqués.1 C’est pourquoi les taux indiqués sont soit hebdomadaires (une ou plusieurs fois par semaine), soit mensuels (une ou deux fois par mois). Par ailleurs, trois groupes d’élèves distincts sont en cause : ceux qui intimident, les victimes d’intimidation, et les élèves qui intimident et sont des victimes. Selon les études, à peu près 6 % des élèves disent en intimider d’autres sur une base hebdomadaire, 8 % disent être victimisé(e)s sur une base hebdomadaire, et 1 % disent être à la fois victimes et agresseurs sur une base hebdomadaire (soit environ 1/6 des brutes et des victimes).2
L’intimidation physique
De 10 à 15 % des élèves admettent qu’ils vivent ou qu’ils exercent une intimidation physique hebdomadaire. L’intimidation physique hebdomadaire atteint un sommet entre la 6e et la 8e année et diminue progressivement par la suite. Les garçons sont presque deux fois plus susceptibles que les filles de déclarer exercer une intimidation physique fréquente, mais les deux sexes ont une tendance égale à se dire victimes d’intimidation fréquente. Entre 25 et 30 % d’élèves de plus disent être impliqués dans des épisodes d’intimidation physique mensuels. Les profils selon l’âge et le sexe sont semblables pour ce qui est de l’intimidation déclarée par l’intéressé(e), mais les garçons sont beaucoup plus nombreux que les filles à se dire victimes d’intimidation sur une base mensuelle.3
L’intimidation verbale
À peu près 10 à 15 % des élèves disent qu’ils sont impliqués dans des épisodes d’intimidation verbale hebdomadaires. Le nombre d’élèves qui se disent victimes d’intimidation verbale est deux fois plus élevé que le nombre d’élèves qui avouent être agresseurs. On n’observe aucune différence significative entre les sexes pour ce type d’intimidation.4
Intimidation sociale
Les élèves qui exercent une intimidation sociale sont rarement pris, car leurs intentions de nuire sont masquées. Dans une étude canadienne, 41 % des élèves se disaient victimes et/ou auteurs d’intimidation sociale sur une base mensuelle, 7 % s’en disaient victimes sur une base hebdomadaire, et 2 % disaient intimider d’autres élèves de cette façon chaque semaine.5 Les filles étaient plus susceptibles que les garçons d’être auteurs et victimes d’intimidation sociale.6
Intimidation électronique
Dans une étude canadienne récente, 13 % des élèves se disaient victimes et/ou auteurs d’intimidation électronique sur une base mensuelle. Aucune différence entre les sexes n’a été observée, mais les élèves du secondaire étaient les plus susceptibles de vivre cette forme d’intimidation, soit en tant que victimes, soit en tant qu’auteurs.7
Harcèlement sexuel
Le harcèlement envers les personnes du même sexe ou de l’autre sexe commence dès la 6e année ; il est associé à la puberté et à la mixité au sein des groupes de pairs.8 Les filles sont au moins deux fois plus susceptibles de se dire victimes de harcèlement sexuel que les garçons. Elles sont aussi plus susceptibles de subir des relations sexuelles non voulues et d’être pressées à avoir des relations sexuelles contre leur gré.9 Dans une enquête menée aux États-Unis, 12,5 % des jeunes filles de la 9e à la 12e année ont dit qu’on les forçait à avoir des rapports sexuels.10 Les filles déclarent aussi davantage d’effets graves et nuisibles sur leurs résultats scolaires et leur santé mentale.11
Selon une étude menée dans les écoles intermédiaires au Canada, les garçons étaient de manière significative plus susceptibles que les filles de dire commettre des actes de harcèlement.12 Une autre étude canadienne a comparé les taux hebdomadaires et mensuels d’un vaste continuum d’actes de harcèlement. Sept pour cent des élèves de la 8e à la 12e année ont déclaré que quelqu’un à l’école leur faisait chaque semaine un commentaire importun ou grossier à propos de leur corps, et 11 % étaient touchés, empoignés ou pincés d’une manière sexuelle (contre leur gré) chaque semaine (16 % disaient l’être sur une base mensuelle).13
Harcèlement homophobe
Les jeunes qui font partie d’une minorité sexuelle (gais, lesbiennes, bisexuels) et les jeunes en questionnement (incertains de leur orientation sexuelle) déclarent plus d’incidents où ils sont victimes d’intimidation, de harcèlement sexuel et de violence physique que les adolescents hétérosexuels. Chez les garçons, il est courant d’utiliser le harcèlement homophobe contre d’autres garçons en milieu scolaire à partir du début de l’adolescence.14 Selon une étude américaine, les enseignants interviennent rarement lorsqu’ils sont témoins de tels incidents.15 Dans une étude canadienne, 10 % des élèves se disaient victimes de harcèlement homophobe sur une base hebdomadaire. Les garçons étaient beaucoup plus nombreux que les filles dans cette situation, et presque tous les garçons identifiaient des pairs de sexe masculin comme étant leurs agresseurs. Vingt-cinq pour cent des élèves disaient subir ce type de harcèlement sur une base mensuelle.16
Discrimination raciale
Des données américaines indiquent que 13 % des élèves se font traiter de noms ou de mots haineux et que 36 % voient des graffitis haineux à l’école.17 Dans une récente étude canadienne, 18 % des élèves de la 8e à la 12e année ont avoué qu’ils traitaient d’autres élèves de noms racistes sur une base mensuelle, et 5 % ont dit le faire sur une base hebdomadaire. Dix pour cent des élèves de la 4e à la 12e année ont dit avoir été traités de noms racistes sur une base mensuelle, et 5 % ont dit l’avoir été sur une base hebdomadaire dans cette même étude.18
| 1. | Sharp, Thomson, et Arora, 2000; Rigby et Bagshaw, 2001; Lawson, 2001. |
| 2. | Volk, Craig, Boyce et King, 2003; Rivers et Smith, 1994; Haynie et al., 2001. |
| 3. | Craig et Yossi, 2004; Sourander, Helstela, Helenius et Piha, 2000; Duncan, 1999. |
| 4. | Solberg et Olweus, 2003. |
| 5. | Totten, Quigley et Morgan, 2004. |
| 6. | Salmivalli, Kaukiainen et Lagerspetz, 1998; Lagerspetz et al., 1988; Bjorkqvist et al., 1992. |
| 7. | Totten, Quigley et Morgan, 2004. |
| 8. | McMaster, Connolly, Pepler et Craig, 2002. |
| 9. | OMS, 2004; Boyce, Doherty, Fortin et MacKinnon, 2003. |
| 10. | CDC, 2004. |
| 11. | American Association of University Women, 2001, 1993; Kopels et Dupper, 1999; Fédérationdes enseignantes et enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (FEESO), Directiongénérale de la condition féminine de l’Ontario et ministère de l’Éducation et de la Formation, 1995. |
| 12. | McMaster, Connolly, Pepler et Craig, 2002. |
| 13. | Totten, Quigley et Morgan, 2004. |
| 14. | Ibid; Williams, Connolly, Pepler et Craig, 2003; Gay, Lesbian and Straight Education Network, 2004. |
| 15. | Kosciw, 2004. |
| 16. | Totten, Quigley et Morgan, 2004. |
| 17. | Départements de l’Éducation et de la Justice des États-Unis, 2000. |
| 18. | Totten, Quigley et Morgan, 2004. |

